Automobile : malgré le déclin des grandes marques anglaises, deux start-ups relancent la tradition du roadster

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L’industrie automobile britannique a presque tout perdu depuis un demi-siècle. MG est chinoise, Lotus appartient au géant Geely qui vient de tailler dans les effectifs de l’usine de Norfolk, Triumph a disparu dans le naufrage de British Leyland, Jaguar a cessé de produire la F-Type en 2024, Aston Martin s’enfonce dans les difficultés financières. Et pourtant, au printemps 2026, deux petites structures à l’actionnariat britannique annoncent coup sur coup la renaissance du sport automobile anglais : d’un côté la Jensen Interceptor GTX, un coupé V8 artisanal, de l’autre le Longbow Speedster et son futur Roadster, roadsters électriques ultralégers. Deux philosophies opposées, un même pari : il reste une place pour la voiture à caractère dans un paysage automobile mondial de plus en plus uniformisé.

Il faut parfois se frotter les yeux pour y croire. Alors que l’industrie automobile mondiale converge méthodiquement vers l’uniformisation — grands SUV électriques, planches de bord entièrement tactiles, logiciels propriétaires qui captent les données des conducteurs —, deux annonces récentes venues du Royaume-Uni redonnent un peu de couleur au paysage. Deux petites structures, deux approches radicalement différentes, un même pari sur la survie de ce qu’on appelait autrefois, tout simplement, le plaisir de conduire.

Jensen Interceptor GTX : le V8 anglais ressuscité

Première annonce, du côté de Jensen International Automotive. La marque, historiquement installée à West Bromwich, lance la production d’une nouvelle Interceptor sous l’appellation GTX. Il ne s’agit pas, pour une fois, d’un énième restomod — ces reconstructions modernisées à partir d’une coque d’origine — mais d’un châssis intégralement nouveau, premier dessin de feuille blanche depuis près d’un demi-siècle chez Jensen.

Les choix techniques sont revendiqués sans ambiguïté : châssis en aluminium pour contenir le poids, carrosserie façonnée à la main dans le même métal, V8 atmosphérique sur mesure, aucune hybridation, aucune motorisation électrique d’appoint. La marque parle ouvertement d’une « pure, analog driving experience » — expérience de conduite analogique pure — et assume de revenir à une approche mécanique classique, dans la plus pure tradition des grands gran turismo européens des années 1960-70.

Le projet bénéficie du soutien de Jeff Qvale, dont le père avait racheté Jensen Motors dans les années 1970 : une continuité patrimoniale qui rassure une clientèle très attachée à l’authenticité. Le prototype de pré-production sera dévoilé au deuxième trimestre 2026, soit exactement soixante ans après la présentation de l’Interceptor originelle en 1966. Les volumes de production seront très faibles, les prix dépasseront certainement les 100 000 livres sterling (environ 120 000 euros), et les livraisons s’étaleront dans le temps selon les cadences d’un atelier artisanal. Autant dire un objet rare, destiné à une clientèle internationale d’amateurs aguerris.

Longbow Speedster : l’électrique ultraléger assumé

Deuxième annonce, à l’autre bout du spectre technique : Longbow, start-up anglaise cofondée par Mark Tapscott (ex-Tesla et ex-BYD), a présenté son Speedster entièrement électrique, un roadster ouvert sans toit ni pare-brise, capable d’abattre le 0 à 96 km/h en 3,5 secondes et de parcourir environ 440 kilomètres sur une charge de batterie. L’engin est annoncé à 84 995 livres (environ 100 000 euros), en série limitée à 150 exemplaires — dont la plupart seraient déjà vendus.

L’année prochaine, Longbow prévoit de lancer un modèle plus accessible, le Roadster, deux places fermées, facturé environ 64 000 livres (75 000 euros) et doté d’une autonomie de 450 kilomètres. L’ambition industrielle est de produire 5 000 unités par an, avec une chaîne d’approvisionnement presque intégralement britannique — à l’exception des batteries, qui ne sont pas encore fabriquées au Royaume-Uni, mais que l’entreprise entend rapatrier dès que la filière nationale le permettra.

Le pari technologique est spectaculaire. Le Roadster Longbow pèserait 995 kilos — soit grosso modo la moitié d’un Tesla Model Y, et pratiquement le poids d’une MGB des années 1960. Dans un monde où les voitures électriques tutoient fréquemment les 2,2 tonnes et plus, ce retour à la sobriété pondérale est un tour de force. Mark Tapscott le résume d’une formule : l’Angleterre reste l’un des meilleurs endroits au monde pour construire une petite voiture de sport légère, et dans un futur où chaque gramme compte, cet avantage historique prend tout son sens.

Si l’objectif des 5 000 unités annuelles est atteint, cela représenterait plusieurs milliers d’emplois consolidés ou créés dans le secteur automobile britannique. Ce qui reste modeste par rapport aux géants mondiaux, mais considérable à l’échelle des petits constructeurs artisanaux qui cherchent actuellement à émerger.

Deux philosophies, une même intuition

Techniquement, Jensen et Longbow sont aux antipodes. La première pousse le V8 thermique jusqu’à son pur classicisme ; la seconde mise sur la batterie et le moteur électrique les plus compacts possibles. La première s’adresse à une clientèle de collectionneurs prête à dépenser plus de 100 000 livres pour un objet artisanal ; la seconde cherche à bâtir un outil industriel de production en petite série.

Mais l’intuition est la même, et elle est salutaire. Face à l’uniformisation galopante de l’offre automobile mondiale — où les mêmes grands modèles standardisés sortent, quasi interchangeables, des chaînes allemandes, chinoises, américaines ou sud-coréennes —, il reste une demande pour des voitures de caractère, légères, construites pour procurer de l’émotion plutôt que pour empiler des écrans. C’est sur ce créneau, que les grands groupes industriels ne savent plus — ou ne veulent plus — occuper, que les petites structures peuvent se glisser.

Le paradoxe britannique

Le contexte national est pourtant tout sauf favorable. Le Royaume-Uni a largement perdu son industrie automobile de masse. MG a été sévèrement maltraitée avant d’être vendue aux Chinois de SAIC, qui ont transféré la production en Chine en 2016. Triumph a disparu dans l’effondrement de British Leyland. Lotus, désormais propriété du géant chinois Geely, a annoncé l’an dernier la suppression d’environ 550 postes — soit le tiers des effectifs — sur son site historique de Hethel, dans le Norfolk. TVR survit plus qu’elle ne vit, annonçant périodiquement un nouveau modèle sans jamais le produire à volume significatif. Morgan, installée à Malvern, continue de fabriquer ses sportives à châssis bois sous pavillon d’un conglomérat industriel continental. Jaguar a cessé la F-Type en 2024 et traverse une réorientation stratégique contestée. Aston Martin enchaîne les difficultés financières.

Et pourtant, c’est précisément dans ce paysage désolé que des initiatives de niche émergent. Il y a là un paradoxe bien connu des observateurs de l’économie industrielle : quand les grandes séries ne sont plus rentables sur un territoire, les petites structures artisanales, elles, trouvent paradoxalement un terrain propice — main-d’œuvre qualifiée disponible sur le marché, sous-traitants techniques en recherche de commandes, savoir-faire centenaire concentré dans quelques comtés. L’Angleterre n’est plus capable de produire des millions de voitures par an, mais elle reste capable d’en fabriquer quelques centaines d’exception.

Une leçon qui dépasse les frontières

L’histoire se rejoue aujourd’hui au Royaume-Uni, mais elle n’est pas sans écho pour les pays d’Europe continentale. La France a, elle aussi, vu son industrie automobile de masse s’éroder, ses marques emblématiques disparaître ou s’étioler, ses effectifs fondre de décennie en décennie. Et pourtant, des constructeurs de niche français — Alpine, désormais sous pavillon Renault, mais aussi PGO, Hommell, Ligier pour les voiturettes, et quelques autres — démontrent régulièrement que la demande pour des voitures de caractère, bien construites, produites en petites séries, ne s’est pas éteinte.

Il y a là, peut-être, une voie industrielle pour les pays qui ont renoncé à la grande production mais refusent de renoncer tout à fait à leur savoir-faire. Ni l’hyper-volume chinois, ni le logiciel-roi californien ne peuvent concurrencer sur le terrain de l’émotion mécanique, du travail artisanal de la tôle, du V8 qui résonne dans une carrosserie sculptée à la main, ou au contraire du roadster ultraléger construit comme un bijou. Il existe toujours des acheteurs pour ce type d’objet — et il existera, tant que l’automobile restera autre chose qu’un simple outil de déplacement.

À Jensen comme chez Longbow, on a visiblement compris que c’est là, et sans doute plus que partout ailleurs, que reposent les chances de survie du caractère automobile anglais. Et par extension, peut-être, celles du caractère automobile européen tout court.

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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