Champions Cup et Challenge Cup : un week-end décisif pour le rugby européen

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Le rugby européen entre dans son ultime ligne droite. À trois semaines de la finale continentale prévue à Bilbao, les demi-finales des deux compétitions phares de l’EPCR — la Champions Cup et la Challenge Cup — concentrent ce week-end l’attention des amateurs du ballon ovale. Avec deux clubs français toujours en lice à l’étage supérieur, l’Union Bordeaux-Bègles et le RC Toulon, le tableau d’affiche promet un samedi et un dimanche d’une rare intensité, où la domination tricolore récente sur la scène continentale pourrait soit se confirmer, soit être stoppée nette par un trio composé du Leinster, de Bath et d’Ulster.

Champions Cup : Bordeaux et Leinster en favoris, Toulon en outsider assumé

Le dernier carré de la Champions Cup oppose deux clubs français à deux poids lourds britanniques. Sur le papier, l’équilibre est rompu en faveur des hôtes : Leinster reçoit Toulon à l’Aviva Stadium de Dublin, samedi 2 mai, tandis que Bordeaux-Bègles accueille les Anglais de Bath le lendemain dimanche au Stade Atlantique. Mais le rugby européen a appris ces dernières années à se méfier des certitudes.

Toulon face à un Leinster sous pression historique

Les Varois, absents du dernier carré européen depuis plus d’une décennie, se sont taillé un parcours méritoire pour atteindre ce stade, marqué notamment par une victoire référence à Glasgow en quart de finale. Mais leur huitième de finale à domicile contre les Stormers — gagné de justesse à Pâques — laisse planer un doute sur la solidité réelle de l’équipe de Pierre Mignoni. Sur le papier, le paquet d’avants emmené par Charles Ollivon et la capacité à dominer dans les phases statiques constituent les principaux atouts toulonnais. Ils auront besoin de l’intégralité de cette puissance pour résister, dans une enceinte irlandaise acquise à sa cause.

En face, Leinster aborde cette rencontre avec une motivation décuplée par les frustrations récentes. Six demi-finales consécutives, mais aucun titre depuis plusieurs saisons, et trois finales perdues face à des clubs français — La Rochelle deux fois, puis Toulouse — qui ont littéralement bâti leur palmarès sur la dépouille du club irlandais. L’an dernier, l’élimination prématurée en demi-finale face à Northampton Saints avait été vécue comme un véritable traumatisme par le vestiaire dublinois. Le talonneur expérimenté Dan Sheehan l’a publiquement reconnu dans la presse britannique : Leinster a abordé toute sa saison de Champions Cup avec une obsession, ne plus se faire surprendre.

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C’est précisément cette obsession qui fait débat dans les analyses spécialisées. À force d’aligner son équipe-type en phase régulière de Championnat (URC), le Leinster a peut-être laissé des forces en route. La récente défaite à Trévise face à Benetton, et plus largement les difficultés du club à se hisser dans le Top 4 de l’URC alors même que c’est le maillon faible historique de cette compétition, interrogent. Glasgow, vainqueur d’un duel direct contre Leinster en cours de saison, a fini par s’effondrer au moment où il fallait monter en puissance, ses internationaux écossais ayant été essorés par le Tournoi des Six Nations. Le même scénario menace-t-il les Irlandais ? Réponse samedi soir au coup de sifflet final.

Bordeaux-Bègles : la possibilité d’un doublé historique

Dimanche, à 16 heures, l’UBB peut écrire une page d’histoire. Vainqueur de la Champions Cup l’an passé, le club girondin se présente face à Bath avec un parcours européen invaincu, scellé par une victoire de référence sur Toulouse en quart de finale après une seconde mi-temps maîtrisée de bout en bout. La ligne de trois-quarts bordelaise, organisée autour de Louis Bielle-Biarrey et Damian Penaud, fait aujourd’hui figure de meilleure du continent. À domicile, dans un Stade Atlantique qui sera intégralement acquis à sa cause, Bordeaux se présentera comme le favori logique, candidat sérieux à un doublé européen qui le ferait basculer dans une autre dimension.

Mais Bath n’a rien d’un faire-valoir. Le club anglais, vainqueur récent de la Challenge Cup et leader du Gallagher Premiership, est revenu au sommet du rugby anglais après plusieurs saisons discrètes. Son architecte est Finn Russell, ouvreur écossais finaliste des Lions britanniques, dont la magie demeure entière dès lors que ses avants lui fournissent un ballon avancé. Le pilier Springbok Thomas du Toit, champion du monde et destiné à retourner aux Sharks la saison prochaine, devrait être l’autre clé du dispositif anglais.

L’équipe de Johann van Graan se présente cependant avec quelques incertitudes médicales. Le demi de mêlée habituel Ben Spencer pourrait être indisponible, ouvrant la porte au tout jeune Isaac Mears, dix-huit ans, fraîchement professionnel. Les centres Max Ojomoh et Cameron Redpath, ainsi que l’ailier Joe Cokanasiga, font également l’objet de tests de dernière minute. Au-delà de ces incertitudes, c’est surtout la profondeur d’effectif de Bath — démontrée la semaine passée lors d’une défaite étriquée d’une équipe bis face à Northampton — qui constituera le principal atout du club.

Une domination française qui structure le tournoi depuis cinq saisons

Le contexte mérite d’être posé. Depuis l’introduction des clubs sud-africains dans le rugby européen via l’United Rugby Championship et la Champions Cup, c’est la France qui domine sans partage la compétition. La Rochelle a remporté deux titres consécutifs, suivie par Toulouse, faisant à chaque fois échouer le Leinster en finale. La saison passée, le club irlandais avait été éliminé en demi-finale par les Anglais de Northampton — qui avaient à leur tour échoué en finale face à un club français. Cinq saisons, cinq titres, tous remportés par des clubs français de l’élite hexagonale. Une hégémonie qui pose désormais une question structurelle au rugby européen : comment briser ce monopole, et l’écart économique entre la richissime Top 14 et les championnats d’à-côté ne va-t-il pas continuer à se creuser ?

C’est précisément cette domination que Bath et Leinster s’emploieront à contester ce week-end. En cas de double victoire britannique, la finale de Bilbao pourrait offrir, pour la première fois depuis longtemps, une affiche dénuée de toute représentation française. À l’inverse, une victoire toulonnaise à Dublin combinée à un succès bordelais offrirait au rugby français une finale 100 % bleue qui scellerait sa suprématie continentale au moins pour cette saison. Entre ces deux extrêmes, tous les scénarios restent ouverts.

Challenge Cup : L’Ulster en bonne posture, Montpellier solide à domicile

À l’étage en dessous, les demi-finales de la Challenge Cup proposent un tableau plus ouvert mais où les hôtes apparaissent largement favoris dans les deux affiches. À Belfast, l’Ulster reçoit les Exeter Chiefs samedi à 18 h 30. Le club nord-irlandais, qui a clairement choisi de prioriser cette compétition européenne en faisant tourner ses cadres en URC, dispose d’un effectif frais face à des Chiefs qui traversent une saison compliquée et donnent des signes de fatigue accumulée. Une qualification ulstérienne pour la finale paraît probable.

À Montpellier, le MHR accueillera les Dragons RFC dimanche à 13 h 30. Surprise du dernier carré, le club gallois doit gravir une véritable montagne face à une équipe héraultaise particulièrement solide à domicile. Les analystes spécialisés voient même Montpellier l’emporter de plus de quinze points. Une qualification pour la finale serait, pour les Cistes, une bouffée d’air bienvenue après plusieurs saisons délicates en championnat.

Le programme du week-end

Champions Cup — demi-finales

  • Samedi 2 mai, 16 h : Leinster – RC Toulon (Aviva Stadium, Dublin)
  • Dimanche 3 mai, 16 h : Bordeaux-Bègles – Bath (Stade Atlantique, Bordeaux)

Challenge Cup — demi-finales

  • Samedi 2 mai, 18 h 30 : Ulster – Exeter Chiefs (Belfast)
  • Dimanche 3 mai, 13 h 30 : Montpellier – Dragons RFC (Montpellier)

À l’arrivée, ce week-end fixera la composition du dernier carré qui se déplacera à Bilbao les 22 et 23 mai prochains pour les deux finales. Pour les quatre clubs encore en lice en Champions Cup, la capitale basque n’est désormais plus qu’à quatre-vingts minutes de jeu. Il leur reste à les gagner.

Photo d’illustration : DR

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