Afrique du Sud : près de 300 Ghanéens rapatriés pour fuir les violences anti-immigration

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Près de 300 ressortissants ghanéens ont quitté l’Afrique du Sud pour regagner leur pays, lors d’un premier vol de rapatriement affrété par le gouvernement d’Accra et arrivé le mercredi 27 mai. Une opération motivée par la crainte d’une flambée de violences xénophobes, sur fond de manifestations anti-immigration qui agitent le pays depuis le mois de mars.

Un premier vol, d’autres à suivre

L’avion s’est posé à l’aéroport international d’Accra avec à son bord 297 personnes, dont des femmes et des enfants. Le ministre ghanéen des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, est venu accueillir les arrivants, assurant que le Ghana veillerait à la protection de ses citoyens où qu’ils se trouvent.

Ce vol n’est que le premier d’une série. Selon le haut-commissaire du Ghana en Afrique du Sud, Benjamin Quashie, environ 800 ressortissants se sont enregistrés pour quitter le pays, un second vol étant attendu dans les jours suivants. Devant la représentation diplomatique ghanéenne à Pretoria, les valises se sont accumulées : des candidats au départ sont venus des provinces du Cap, parfois de très loin, pour s’inscrire. La communauté ghanéenne d’Afrique du Sud est estimée entre 16 000 et 25 000 personnes selon les sources.

Un ultimatum fixé au 30 juin

Depuis la mi-mars, des manifestations contre l’immigration illégale se multiplient dans plusieurs villes du pays, de Johannesburg à Durban en passant par East London et Bloemfontein. À leur origine, un mouvement baptisé March and March, qui se présente comme une mobilisation citoyenne pour une réforme de l’immigration. Ses militants accusent les migrants sans papiers de peser sur les services publics, de tirer les salaires vers le bas et d’alimenter la criminalité. Ils ont posé un ultimatum : tous les clandestins doivent avoir quitté le territoire au 30 juin.

C’est précisément cette échéance qui nourrit l’inquiétude. Plusieurs ressortissants étrangers redoutent qu’au-delà de cette date, les choses ne dégénèrent. Le haut-commissaire ghanéen décrit des compatriotes cloîtrés chez eux, incapables de travailler depuis des semaines ou de scolariser leurs enfants. À Durban, des centaines de migrants d’autres nationalités campaient ces derniers jours devant les services de l’immigration, affirmant craindre pour leur vie.

L’élément déclencheur de la décision d’Accra remonte à fin avril : une vidéo circulant sur les réseaux sociaux montrait un Ghanéen sommé par des Sud-Africains de présenter ses papiers et de rentrer chez lui.

Le souvenir des violences passées

Si aucun décès n’a officiellement été recensé dans le cadre des mobilisations actuelles, la mémoire collective sud-africaine reste marquée par les poussées xénophobes meurtrières du passé. Les violences de 2008 avaient fait une soixantaine de morts parmi les étrangers ; celles de 2019 au moins une douzaine. Le pays a par ailleurs montré, lors des émeutes de 2021, sa capacité à s’embraser très rapidement.

D’autres chancelleries africaines — Malawi, Lesotho, Kenya — ont appelé leurs ressortissants à la prudence, tandis que le Nigeria envisage à son tour un vol de rapatriement.

Une bataille de chiffres et un arrière-plan électoral

Pretoria et Accra divergent nettement sur le statut des rapatriés. L’Autorité sud-africaine de gestion des frontières affirme que près de 90 % des passagers du premier vol étaient en situation irrégulière, la plupart ayant dépassé la durée de leur visa de plus de trente jours, certains de plus d’un an. Le haut-commissaire ghanéen conteste ce décompte et avance qu’environ la moitié, voire 80 %, des partants disposaient d’un statut légal. Cette divergence tient en partie à la définition même de l’irrégularité : les dysfonctionnements des services d’immigration sud-africains laissent des renouvellements de titres de séjour en souffrance pendant des années, plaçant de fait certains résidents dans l’illégalité sans qu’ils en soient responsables.

Plusieurs observateurs établissent un lien entre cette recrudescence du sentiment anti-migrant et les élections municipales prévues à l’automne. Selon un militant de la coalition Kopanang Africa Against Xenophobia, certains partis — comme l’Umkhonto we Sizwe, ActionSA ou l’Alliance patriotique — placent les politiques anti-immigration au cœur de leur programme.

Le rapatriement offre par ailleurs au président ghanéen John Dramani Mahama, au pouvoir depuis janvier 2025, une opération de communication soignée. Accra a promis aux rapatriés une aide financière et un programme de réintégration, et a appelé l’Union africaine à se saisir du dossier lors de sa prochaine réunion, en juin. Côté sud-africain, le ministre des Affaires étrangères Ronald Lamola a plaidé pour l’apaisement et mis en garde contre les fausses informations diffusées en ligne, le gouvernement ayant condamné les violences visant les étrangers comme contraires à la démocratie constitutionnelle du pays.

Pour les partants, l’avenir reste incertain. Beaucoup ignorent quel emploi les attend au pays. Mais le sentiment de soulagement domine : celui de ne plus avoir à dissimuler son origine par crainte d’être identifié et pris pour cible.

Crédit photo : DR (photo d’illustration)
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com. Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.

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2 réponses à “Afrique du Sud : près de 300 Ghanéens rapatriés pour fuir les violences anti-immigration”

  1. vert dit :

    Trump lui accueille 8000 fermiers blancs sud africain

  2. Soazig dit :

    Dicton valable pour tous les peuples de la terre et peut-être pour ceux inconnus de l’immense univers (des fois qu’il leur viendrait à l’esprit de venir sur notre planète) : chacun chez soi….il n’y a pas à sortir de là.

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