Samedi 6 juin, 18 heures, stade Ernest-Wallon, Toulouse. Le RC Vannes et Provence Rugby se disputent le titre de champion de Pro D2 et le précieux billet pour l’élite. D’un côté, l’ogre breton qui a écrasé la saison régulière. De l’autre, une équipe aixoise en état de grâce, portée par sa « remontada » du printemps. Une finale de rêve, tendue, ouverte — et pour Vannes, une chance de confirmer qu’il a sa place parmi les grands.
L’évidence vannetaise
Il faut remonter au mois d’août pour comprendre ce que Vannes a représenté cette saison. Dès les premières journées, la question ne portait pas sur leur capacité à dominer la Pro D2, mais sur leur capacité à le faire suffisamment bien pour ne pas revivre le cauchemar du Top 14 où ils avaient, la saison précédente, souvent craqué dans les vingt dernières minutes des matches serrés.
La réponse a été sans équivoque. 24 victoires en phase régulière, dont quinze avec le bonus offensif. 116 points au classement final. Une avance telle sur le reste de la division qu’ils savaient, depuis des semaines, qu’ils seraient qualifiés et têtes de série. Et en demi-finale, face à Oyonnax, une démonstration de force brutale — 48 à 7 — qui a dit à tout le monde que ces Vannetais-là n’avaient pas le profil des équipes qui tremblent en phase finale.
La concurrence, ce luxe impossible
Dans d’autres clubs, la composition de l’équipe pour une finale serait une formalité. À Vannes, c’est un vrai casse-tête — et paradoxalement, un signe de richesse.
Prenez la troisième ligne. Sept joueurs de valeur pour cinq places au maximum dans le groupe des 23. Gorrissen, Augry, Kalamafoni, Edwards, Boulier, Blanc-Mappaz, Pedemonte. Sept hommes qui auraient leur place dans beaucoup d’équipes de Pro D2 comme titulaires indiscutables. À Vannes, l’un d’eux restera sur le côté samedi soir.
« C’est cruel, mais c’est ce qui a permis d’avoir autant d’émulation, » résume Sacha Valleau, ancien joueur du club, aujourd’hui consultant pour Canal+. Il cite le cas de Steeve Blanc-Mappaz, troisième ligne qui a disputé 21 matchs sur 23 de phase régulière, a été capitaine à six reprises — et n’était même pas sur la feuille de match en demi-finale contre Oyonnax.
L’ossature devrait rester celle de la demie — une demie gagnée 48 à 7, ce n’est pas un score qui invite aux révolutions. Le seul changement attendu est le retour de Maxime Lafage, forfait de dernière minute en demi-finale, qui devrait reprendre sa place. Les retours de blessure d’Eliott Roudil et Ben Stevenson pourraient également rebattre quelques cartes sur les ailes, sans toucher à l’ossature.
Jean-Noël Spitzer a prouvé en 2024 qu’il n’hésitait pas aux choix courageux : il avait aligné Théo Bastardie à l’aile en finale à la place de Paul Surano, titulaire en demi-finale. Quelques surprises restent donc toujours possibles.
Provence, ou la métamorphose d’un printemps
Si Vannes est l’évidence, Provence est le roman. Un roman qui a failli mal tourner.
En septembre dernier, lors de la quatrième journée de championnat, Vannes reçoit Provence à La Rabine et l’écrase 40 à 7. Les Aixois encaissent alors leur troisième défaite en quatre matchs. Ceux qui auraient parié ce soir-là sur une finale Vannes-Provence n’auraient pas eu beaucoup de preneurs.
Ce qui s’est passé ensuite tient à la fois de la construction patiente et du déclic soudain. Philippe Saint-André — « PSA » pour ses joueurs, l’ancien sélectionneur du XV de France reconverti en bâtisseur de province — a installé une défense, construit un paquet d’avants de plus en plus dominateur, et trouvé dans le duo Coville-Muntz les cerveaux d’une équipe qui pense vite et joue juste.
Le tournant ? La 29e journée. Vannes mène 24 à 0 à la pause. Le match semble plié. Et puis Provence réalise l’impensable : 34 à 0 en deuxième période, victoire 34 à 31. Ce soir-là, quelque chose a basculé dans la tête des joueurs provençaux. Ils ont compris qu’ils pouvaient.
La suite a confirmé. Victoire à Valence pour conserver leur troisième place. Domination nette face à Brive en barrage, quatre essais en première main. Et en demi-finale à Colomiers — devant leur public, contre une équipe joueuse dont c’est le point fort — Provence a fait exactement le contraire de ce qu’on attendait : elle a étouffé les Colomiers, dominé la mêlée, ralenti les sorties de balle adverse, gagné 36 à 28.
La polémique Coville, bruit de fond ou vrai facteur ?
La semaine a été agitée par un feuilleton inhabituel. Arthur Coville, le demi d’ouverture provençal, patron du jeu et vrai patron de l’équipe, a signé un précontrat avec Vannes pour la saison prochaine. Sauf qu’il semblerait vouloir finalement rester à Provence. Une situation inconfortable pour tous, qui a alimenté les médias toute la semaine.
Mais à en croire les observateurs, le facteur psychologique joue en faveur de Coville, pas contre lui. Un joueur libéré de l’incertitude de son avenir, épanoui dans son rôle de leader, au sommet de sa forme au meilleur moment — c’est précisément ce profil que l’on voit depuis plusieurs semaines dans le jeu de Provence.
L’arbitre, la formule, l’enjeu
Benoit Rousselet sifflera la finale. Arbitre habitué au Top 14, il connaît le RCV — neuf matches arbitrés, cinq victoires vannetaises, quatre défaites. Il était au sifflet lors de la demi-finale des Bretons contre Béziers en 2024.
La formule des playoffs, elle, continue de faire débat. Yann Roubert, président de la Ligue Nationale de Rugby, défend le système actuel : le champion n’est pas nécessairement le premier du classement, mais celui qui gagne la finale. Une logique de tradition rugbystique, qui crée deux semaines de fête pour deux communautés plutôt qu’une. Mais qui peut paraître cruelle pour une équipe qui a dominé la saison entière et risque de tout perdre en quatre-vingts minutes.
Le stade Ernest-Wallon de Toulouse accueille cette finale pour la troisième année consécutive, à guichets fermés. Les places se sont vendues encore plus vite que l’an dernier — et avant même que les finalistes soient connus.
Le verdict de la raison — et celui du cœur
La raison dit Vannes. L’effectif, l’expérience, la régularité, la fraîcheur physique relative après une demi-finale maîtrisée, le leadership de Gorrissen, l’énergie d’Edwards, le réalisme en zone de marque. Vannes a les arguments d’une équipe qui doit gagner.
Mais le cœur — et l’histoire du rugby — dit que les finales ne se jouent pas sur des statistiques. Provence arrive avec la dynamique, la confiance de ceux qui ont déjà renversé l’impossible, et la faim de ceux pour qui c’est une première.
Prudence de rigueur. Mais au fond, tout le Morbihan et toute la Bretagne savent ce que représente ce samedi. Deux ans après le premier titre, la chance de confirmer que Vannes n’est pas une anomalie dans le paysage rugby français, mais un club installé, ambitieux, prêt à tenir sa place dans l’élite.
Ce Samedi soir, à Toulouse, la réponse.
YV
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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