RC Vannes au Stade de France : la plus belle façon de trahir ses supporters et de perdre des points précieux ?

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Le RC Vannes champion de Pro D2. Finaliste magnifique, acclamé dans toute la Bretagne, porté par un engouement qui débordait largement les frontières du Morbihan. Le club de La Rabine est devenu, en quelques saisons, bien plus que l’équipe d’une ville : il est devenu un étendard breton, le symbole d’un rugby du bout du monde qui refuse de regarder passer les trains.

Alors quand j’entends que parmi les projets de délocalisation envisagés pour la saison prochaine en Top 14 figure un match au Stade de France, j’ai envie de dire : non. Clairement, fermement, et sans ambiguïté. Non.

Le rugby breton se joue en Bretagne

Comprenons-nous bien. L’idée de délocalisations pour compenser la capacité limitée de La Rabine — 12 500 places aujourd’hui, 15 000 demain — est légitime dans son principe même si la Rabine est une place forte exceptionnelle et unique dans le paysage et qu’elle doit le rester. Le club a une base de supporters qui dépasse désormais largement Vannes, et si le public breton veut voir son équipe jouer en Top 14, il faut lui en donner les moyens. Rennes ? Oui. Nantes ? aussi . Brest, Lorient, Saint-Brieuc ? Avec plaisir. La Bretagne compte des stades capables d’accueillir de beaux matchs, et un RC Vannes qui jouerait à Roazhon Park devant 30 000 Bretons survoltés, ce serait une fête populaire comme ce pays sait en faire. Cela a déjà eu lieu, y compris en Pro D2.

Mais Paris ? Le Stade de France ? Saint-Denis ? « La Nouvelle France » ?

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Il faut appeler les choses par leur nom : ce serait une trahison sportive et symbolique.

L’argument sportif d’abord

Parlons rugby avant de parler identité, parce que l’argument sportif seul devrait suffire.

Le RC Vannes va débarquer en Top 14 avec un statut de promu, un budget de 25 à 26 millions d’euros dans un championnat où les mastodontes ont le double, et l’objectif numéro un qui sera le maintien. Dans ce contexte, chaque point arraché à domicile sera précieux. Chaque match à La Rabine sera une bataille. L’avantage du terrain, dans le rugby français, n’est pas une vue de l’esprit : c’est un facteur documenté, chiffré, reconnu par tous les coachs et tous les analystes. Le public de La Rabine est une arme. Le bruit, la chaleur, la proximité des tribunes, les banderoles, les chants, la pression collective exercée sur l’arbitre et sur l’adversaire — tout cela compte dans le résultat final.

Délocaliser un match à domicile au Stade de France, c’est transformer un match à domicile en match sur terrain neutre. C’est offrir à l’adversaire — qu’il s’appelle Bayonne, Clermont ou n’importe qui d’autre — une neutralisation de l’avantage territorial que Vannes aurait légitimement acquis. Les joueurs le savent. Les préparateurs mentaux le savent. Un vestiaire familier, un stade connu, un public proche : ça ne se remplace pas par 80 000 places à Saint-Denis dont la moitié sera remplie de touristes du rugby venus prendre des photos.

Pour un club qui se battra pour sa survie en Top 14, c’est sportivement irresponsable.

L’argument symbolique ensuite

Maintenant parlons de ce que ça signifie vraiment.

Le RC Vannes, depuis quelques années, s’est construit sur un récit fort : celui d’un club breton, ancré dans son territoire. « C’est devenu le club de tous les Bretons », dit le vice-président. C’est vrai. Et c’est précisément pour ça qu’aller jouer à Paris constituerait une contradiction dans les termes.

La Bretagne souffre d’un mal chronique que le Pays Vannetais connaît peut-être plus que n’importe quel autre territoire breton : l’afflux de néo-résidents venus de Paris et de la région parisienne, porteurs de leurs codes, de leur pouvoir d’achat, de leur façon de consommer le pays comme une résidence secondaire améliorée. Ils achètent les maisons, font monter les prix, transforment les bourgs en villages de vacances et, sans forcément de mauvaise volonté, contribuent à dissoudre lentement ce qui faisait la spécificité d’ici. Vannes en sait quelque chose.

Dans ce contexte, aller jouer un match « à domicile » au Stade de France, c’est envoyer un signal inversé. C’est dire au peuple breton qui a porté ce club à bout de bras : votre attachement a de la valeur, mais pas assez pour qu’on reste chez vous quand Paris et la possibilité d’une manne financière supplémentaire appellent. C’est reproduire exactement la logique que le RC Vannes était censé incarner contre : celle qui fait de la Bretagne un décor, un folklore, une carte postale qu’on brandit quand c’est utile et qu’on délaisse quand Paris offre une plus belle scène.

Le supporter breton qui veut voir son équipe jouer n’a pas envie de se taper le TGV, la galère des transports en commun franciliens, la faune cosmopolite de Saint-Denis un soir de grande affluence, pour assister à ce qui devrait être un match à domicile. Le supporter breton veut voir son équipe jouer chez lui. Dans ses paysages, avec son âme dans les tribunes, avec ses voisins à côté, avec ses enfants dans les gradins.

La bonne ambition et la mauvaise

Je comprends l’ambition des dirigeants vannetais. Je la respecte. Passer de petit club associatif à entité professionnelle avec 700 entreprises partenaires et un budget de 26 millions, c’est une trajectoire remarquable qui mérite d’être saluée sans réserve. Et l’idée de grandir, d’augmenter la visibilité du club, de montrer au rugby français que la Bretagne existe et pèse — tout cela est légitime.

Mais la bonne façon de grandir, c’est d’agrandir La Rabine plus vite, de remplir Roazhon Park, de faire de Lorient ou de Nantes des antennes du club breton, de construire un réseau de supporters sur l’ensemble des cinq départements historiques. Ce n’est pas d’aller mendier une reconnaissance parisienne dans un stade qui appartient à une autre culture, une autre géographie, un autre monde.

Le Stade de France n’est pas un beau stade encore moins pour du rugby (on est loin du terrain). Il appartient à Saint-Denis. Il appartient à l’Île-de-France. Il appartient au rugby national quand il accueille le XV de France. Il n’a rien à voir avec Vannes, avec le Morbihan, avec la Bretagne. Un RC Vannes qui jouerait là-bas ne jouerait pas à domicile. Il jouerait en déplacement dans la capitale de ceux qui nous achètent nos maisons.

Le peuple breton — et les chiffres d’audience, les stades pleins, l’engouement de la saison de Pro D2 le confirment — attend de pouvoir suivre son équipe chez lui. Il attend des tribunes où l’on chante en gallo ou en breton, des familles qui se retrouvent le samedi, des enfants qui découvrent le rugby dans un contexte qui leur ressemble. Il attend une équipe qui joue pour lui, pas pour la carte postale nationale.

Le RC Vannes a une occasion rare : incarner un modèle de développement du rugby ancré dans son territoire, refusant la centralisation parisienne aussi fermement sur le terrain qu’en dehors. Ce modèle-là sera plus durable, plus solide et finalement plus glorieux que n’importe quelle affiche au Stade de France.

Rennes oui. Nantes oui. Paris : jamais.

La Bretagne n’est pas une résidence secondaire du rugby français. Qu’on le lui rappelle, si besoin.

Yann, supporteur du RC Vannes depuis bien avant l’accession…en Pro D2 !

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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