Nantes. Au marché de Talensac, des grands changements qui font débat

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20/12/2017 – 06h00 Nantes (Breizh-info.com) –Le marché de Talensac à Nantes ne compte que quatre fromageries. Les samedis et les dimanches, et même les vendredis midi, la queue s’étend sur plusieurs mètres, débordant dans les portes. Elles attirent des clients venus de tous les horizons et ce d’autant plus que le quartier autour du marché n’en compte pas.
Mais à partir de début janvier 2018, il n’y en aura plus que trois – le fromager Bourasseau prend sa retraite, et bien qu’il ait trouvé deux repreneurs, la mairie de Nantes a refusé la reprise du banc et l’a sommé de partir. Une décision brutale qui crée l’étonnement.

« Cette fromagerie existe depuis plus de 40 ans », nous explique Jean-Noël, venu tenir le banc à sa retraite aux côtés de sa femme Annick. « Il faut garder cette quatrième fromagerie », plaide-t-il, d’autant qu’il est de coutume que lorsqu’un banc du marché a un repreneur, l’activité est maintenue. Pis, la vendeuse, présente depuis des années, et que les repreneurs devaient garder, devra être licenciée.

La mairie a décidé de faire venir une charcutière, « alors qu’il y a déjà un charcutier en face et un charcutier à côté », remarque un commerçant bien implanté sous la halle, pour qui il « n’est pas normal qu’un commerçant qui soit là depuis des décennies soit sommé de partir la queue entre les jambes, sans même une indemnité ni la possibilité d’être remplacé alors qu’il n’a clairement pas démérité, ouvert six jours sur sept et tous les fériés. C’est un manque de respect flagrant de la part de la mairie de Nantes ».

L’espace dégustation annoncé en haut du marché crispe les cafetiers

Ce ne sont pas les seules modifications qui font débat. Ainsi, un espace dégustation devrait s’installer courant 2018 en haut du marché, à l’emplacement du banc de légumes – dont la commerçante n’est même pas au courant. Celui-ci devrait migrer à l’emplacement de Cossard (en face), bien que ce banc soit plus petit, et Cossard descendrait plus bas dans le marché, peut-être à l’emplacement du caviste, et ce bien que son banc soit nettement plus petit.

Car c’est en effet le caviste qui va tenir cet espace de dégustation, qui proposera planchas et assiettes de charcuteries et de fromages achetées à d’autres commerçants du marché. Problème : installé face aux deux cafés du haut de la place, il risque de leur flinguer leurs affaires. Problème bis : « le caviste bis est au bureau du marché, qui soutient cet espace de dégustation. Il est juge et partie quoi ! », constate, indigné, un commerçant.

Ledit caviste assume : «je fais 400.000 € de chiffre d’affaires avec ma cave et 300.000 à Franklin, j’ai du très bon vin, je goûte tout ce que je propose, je connais les viticulteurs personnellement. Que les cafetiers tremblent parce qu’ils proposent à 3 € le verre [voire plus] du muscadet de merde (sic) sorti du cubi ne m’étonne pas. Tant pis pour les fainéants des bars ! Moi j’ai l’intention de proposer du muscadet de qualité au même prix, avec des fromages achetés chez Beillevaire, de la charcuterie chez Rigaud etc. Ce sera un atout pour le marché ! Moi, je ne demandais pas à y aller, mais on m’a dit que ce sera quelqu’un d’autre si je n’y vais pas, donc je le fais ».

Cependant l’espace de dégustation pourrait s’étendre. « Il est question de libérer tout le haut du marché en faisant descendre les commerçants », explique  l’un d’eux, plutôt « inquiet. Le marché ne doit pas se développer contre les commerçants du quartier – on a bien eu besoin d’eux pour sauver le marché en 1975 lorsque la mairie voulait le raser on a besoin d’eux pour développer le marché. Ce n’est pas en les braquant qu’on va y arriver, c’est un écosystème ». L’espace de dégustation, proposé depuis une décennie par le caviste, s’inspire de réalisations similaires dans le sud de la France ; un espace semblable devrait être créé à la Turballe (44) après la fin de la rénovation du marché.

Talensac réservé aux (très) riches, les pauvres virés à la Petite Hollande ?

Président des commerçants du marché de Talensac pendant plusieurs décennies, Joël Marchand constate de son côté une double dérive. « Nous, on essayait de parlementer avec tout le monde, la nouvelle direction des commerçants du marché ne prend pas ces précautions », remarque-t-il, tout en constatant que « certains commerçants débordent de leur activité première et cela perturbe l’équilibre du marché, mais ça ne date pas d’aujourd’hui ». Ou quand le pizzaïolo fait du café et le cafetier des pizzas… comme nous le remarquions il y a six mois en listant les nombreux problèmes qui se posent sur les marchés nantais. Notamment parce que la mairie de Nantes n’applique pas (ou bien peu) le règlement des marchés qu’elle a pourtant édicté.

« Le fond du problème », se confie un autre commerçant, « c’est qu’un petit groupe de commerçants veut réorienter Talensac vers du haut voire du très haut de gamme. Viser le plus haut du panier, mais d’une certaine façon aussi virer les pauvres ». Le caviste ne s’en cache pas « oui, il faut viser le haut de gamme. Je veux proposer des produits de qualité, et les gens verront qu’il y a de la qualité, pas donnée certes, mais avec du conseil. Si on joue contre Carrefour ou Leclerc, demain on est morts ».

Cependant, jusque là, Talensac – qui décline en semaine mais ne désemplit pas le week-end arrivait à attirer des clients de toutes conditions. « Pour des produits courants comme la crémerie, il faut maintenir des prix abordables, à portée de toutes les bourses », explique Jean-Noël Bourasseau. « On a de plus en plus de grandes enseignes, qui ont déjà pignon sur rue ailleurs, qui viennent sur le marché », remarque un autre commerçant. « Beillevaire, Brison, Guerlais, on parle même du pâtissier Carli », qui a effectivement déposé sa demande depuis plusieurs années et est maintenant prioritaire si un banc se libère, nous confirme-t-on par ailleurs.

« Le marché de Talensac va devenir une galerie d’épiceries fines, et que restera-t-il pour ceux qui n’auront plus les moyens de se payer la super-qualité ? La Petite Hollande, avec son souk, ses normes sanitaires bafouées et ses problèmes récurrents d’hygiène ? ». Malheur aux vaincus…

Louis-Benoît Greffe

Crédit photo : Breizh-info.com
[cc] Breizh-info.com, 2017, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

 

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2 réponses à “Nantes. Au marché de Talensac, des grands changements qui font débat”

  1. « « Le marché de Talensac va devenir une galerie d’épiceries fines, et que restera-t-il pour ceux qui n’auront plus les moyens de se payer la super-qualité ?  » Il reste les supermarchés ! Il paraît évident que Talensac n’est pas de taille à lutter contre la grande distribution et pour survivre doit offrir ce qu’on n’y trouve pas : conseils et qualité (bio). Moyennant des prix plus élevés, c’est impossible autrement. Pour les « pauvres » il y a les Restos du Cœur et le Secours Catholique où la nourriture est gratuite.

    Notre société n’est pas encore équipée pour offrir de la super-qualité aux pauvres (hélas)…

    • jaouen dit :

      Faux. A Talensac justement on trouve du très bon fromage (pour rester dans le sujet initial) moins cher qu’au supermarché et meilleur. Idem pour le beurre (surtout en ce moment), la charcuterie etc.

      Comme quoi c’est possible et cette capacité doit être maintenue pour préserver la fréquentation du marché.

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