Johanna Rolland, maire socialiste de Nantes, sous la menace d’un « hérongate »

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Au programme du prochain conseil de Nantes Métropole, le 4 octobre, figure le vote d’une subvention de près de 1,5 million d’euros hors taxes pour le projet de l’Arbre aux Hérons. Le coût global des études approcherait ainsi 4,5 millions d’euros H.T. Mais plus que ce montant considérable, ce sont les conditions d’attribution du marché qui interrogent.

L’Arbre aux Hérons est un vieux projet. Il remonte à 2004, année où Jean-Marc Ayrault a décidé d’installer sur le site des anciens chantiers navals de Nantes une sorte de parc d’attractions dirigé par Pierre Orefice, Les Machines de l’île. Les équipements des Machines de l’île devaient être fournis par une association, La Machine, animée par François Delarozière. Pierre Orefice et François Delarozière se connaissent bien : tous deux ont travaillé ensemble pendant des années au sein de la troupe de théâtre de rue Royal de Luxe.

Lors de son ouverture au public en 2007, le parc des Machines de l’île comprenait déjà une « branche prototype » destinée à étudier la future construction d’un Arbre aux Hérons. Puis le projet a langui. Le Carrousel des mondes marins, initialement prévu pour 2010, n’a été achevé qu’en 2012. La Baleine flottante qui devait arpenter la Loire n’a plus été évoquée. L’Arbre aux Hérons, lui, a perduré.

Un financement en trois tiers

Élue à la présidence de Nantes Métropole en 2014, la socialiste Johanna Rolland a d’abord hésité à le maintenir. Les Machines de l’île sont structurellement déficitaires. Nantes Métropole finance leurs investissement et doit en plus subventionner lourdement leur exploitation. Mais Pierre Orefice et François Delarozière ont su trouver des arguments pour la faire changer d’avis. Elle a cependant posé un principe : « l’Arbre aux hérons sera financé pour un tiers par la Métropole, un tiers par des fonds privés et un tiers par d’autres partenaires notamment publics ». Ce principe établi, le maire de Nantes a décidé que l’Arbre serait construit sur la rive droite de la Loire, dans l’ancien quartier industriel du Bas-Chantenay.

Une construction métallique de 35 mètres de haut et 50 de large, pesant 1 700 tonnes et pouvant accueillir quatre cents personnes à la fois ne peut être entreprise à la légère. En février 2017, Nantes Métropole a chargé Nantes Métropole Aménagement, sa société publique locale d’aménagement, de réaliser des études de définition. Elles devaient s’étaler sur les années 2017 et 2018.

En décembre 2017, Nantes Métropole a « autorisé » Nantes Métropole Aménagement à céder le dossier à François Delarozière et Pierre Orefice. Cela a suscité un peu d’étonnement puisque les deux « inventeurs » de l’Arbre ne sont pas ingénieurs : l’un est diplômé des Beaux-Arts, l’autre a commencé Sciences Po. Mais ils gardaient ainsi la haute main sur les études destinées à valider leur propre projet – et percevaient au passage 140 000 euros HT de droits d’auteur. Cependant, Nantes Métropole a veillé à dissocier les études de sécurité, confiées à des spécialistes pour 636 000 euros TTC.

Dérapage des délais et des coûts

Le résultat des études devait être remis à Nantes Métropole le 30 juin 2019 en vue d’une décision définitive sur la construction. À fin septembre, elles ne sont pas terminées et il va falloir augmenter le budget de 50 % ! Incompétence des prestataires ? Découverte de problèmes graves non anticipés ? Toutes les hypothèses pouvant expliquer ce dérapage sont extrêmement inquiétantes. Pierre Orefice évoque la nécessité de construire un premier héron pour des essais au sol. Pourtant un héron modèle, financé par Nantes Métropole, est déjà en service depuis longtemps dans la galerie des Machines de l’île.

Et l’aspect technique n’est pas seul en cause. Le modèle économique de l’Arbre devait être arrêté « début 2019 » assurait le socialiste Fabrice Roussel, vice-président de Nantes Métropole et administrateur du Fonds de dotation de l’Arbre aux Hérons, interrogé par Rozenn Hamel, conseillère d’opposition, lors du conseil métropolitain du 5 octobre 2018. En juin dernier, Johanna Rolland affectait encore de ne pas s’inquiéter. Mais à fin septembre les financements ne sont que très partiellement acquis. Les engagements fermes du secteur privé n’atteindraient à ce jour que 4 millions d’euros et parmi les « autres partenaires », seule la région des Pays de la Loire s’est engagée, pour 4 millions d’euros. Le compte n’y est pas.

Une bombe à retardement pour les municipales ?

Il y est d’autant moins que l’Arbre aux Hérons devrait finalement coûter plus que les 35 millions d’euros prévus. Combien ? « Aujourd’hui, nous ne sommes pas capables de donner un coût précis », a répondu Pierre Orefice à Ouest France. On nage en pleine opacité, souligne Laurence Garnier, chef de file de l’opposition de droite à la Métropole, qui réclame un « état des lieux détaillé du financement de l’Arbre aux Hérons ».

Pourquoi ne pas réclamer simplement l’abandon du projet ? La position de Laurence Garnier est ambiguë puisque c’est elle qui, en tant que conseillère régionale des Pays de la Loire, a fait attribuer 4 millions d’euros de subvention à l’Arbre aux Hérons ! Et surtout, plutôt qu’un simple abandon, un grand déballage public de ce dossier délétère serait une bonne affaire pour les adversaires de la majorité actuelle – d’autant plus que, selon une révélation d’Ouest France (27/06/19), Les Machines de l’île seraient déjà sous le coup d’une enquête judiciaire liée aux conditions de construction du Carrousel des mondes marins. « Tout ça risque de nous péter à la gueule avant les municipales », s’inquiète un vieux militant socialiste, qui préférerait voir le dossier enterré.

E.F.

Crédit photo : en travaux, le site de la carrière de Misery destiné à l’Arbre aux Hérons. DR
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