Le référendum sur la justice des 22‑23 mars 2026 a vu la victoire du Non avec 53,74 % des voix, contre 46,26 % du Oui, selon les données officielles définitives. C’est la première gifle infligée au gouvernement de Giorgia Meloni qui, pour rappel, est l’un des plus stables et durables de l’histoire de la République italienne, marquant une rupture avec l’instabilité chronique habituelle du pays. Comment comprendre ce désaveu ?
La campagne agressive menée contre la magistrature et les conséquences dramatiques des récentes décisions judiciaires n’auront pas suffi. Les Italiens ont voté en majorité contre la réforme du système judiciaire et contre le gouvernement accusé d’avoir un peu trop exacerbé le climat politique. Et si les concepts de droite et de gauche sont souvent considérés comme dépassés, en Italie, ils prennent tout leur sens.
Une gauche mobilisée…
Compacte, la gauche a réussi à rassembler ses partisans. Concrètement, les citoyens avec une inclination progressiste demeurent plus engagés : ils se mobilisent, se déplacent pour voter et militent. Ils ont une conscience politique plus affirmée et croient plus fermement en la démocratie et en ses mécanismes auxquels ils participent. Et surtout, la gauche transforme en combat contre le fascisme toute initiative qui ne provient pas de ses rangs. L’anti-fascisme reste une valeur sûre et rassembleuse, cela a été particulièrement visible lors de ce référendum : voter favorablement à la réforme aurait signifié le retour « des heures les plus sombres de l’Histoire », en détruisant la séparation des pouvoirs. Ce qui est totalement fallacieux, bien entendu. Mais en ces temps d’hystérie, en appeler à la dérive totalitaire passe comme une lettre à la poste. Sanctifier la Constitution, comme une chose immuable et intouchable, décréter que toute modification serait une manifestation dictatoriale, a fonctionné. Et puis tant pis, si l’italienne a été modifié dix-huit fois depuis sa rédaction.
À cela s’ajoute la mobilisation d’une batterie d’influenceurs et de stars du show-biz, un atout de taille pour séduire les jeunes (qui ont en effet voté majoritairement pour le non, à hauteur de 57 %).
… face à une droite incapable de bâtir
De l’autre côté de la barrière, ceux qui ont une forte conscience politique se sont évidemment exprimés, mais l’apathie du citoyen lambda a été décisive. Sans même évoquer la défiance envers les élus et le sentiment d’impuissance, un grand nombre d’Italiens a boudé la consultation.
Si le taux de participation a largement dépassé les référendums constitutionnels précédents avec 58,93 % des électeurs éligibles aux urnes, il n’en reste pas moins que 41 % d’Italiens ne se sont pas déplacés pour un référendum aux enjeux historiques. Pouvait-il en être autrement pour une génération d’assistés qui ne conçoit plus l’effort ? L’effort de comprendre, comme l’effort de se déplacer, même lorsqu’il s’agit d’une expression directe comme dans le cas d’un référendum. Désresponsabilisés, des pans entiers de la population, pourtant mécontents de la tournure de la société italienne et ayant une sensibilité plutôt droitière, sceptiques à l’égard des juges et de l’immigration, n’ont pas daigné se déplacer.
Ajoutons que, très technique, cette réforme du système judiciaire et in primis, de la magistrature, n’a pas été comprise. À deux jours du vote, peu de personnes étaient capables d’identifier ses réels enjeux. Tout et le contraire de tout ont été dits, de nombreux mensonges ont été colportés par le camp du non. L’exemple le plus frappant en est donné par une vidéo du très populaire divulgateur historique Alessandro Barbero – véritable star en Italie – où il explique ses raisons en affirmant que la réforme constitutionnelle ne concernerait pas vraiment la séparation des carrières des magistrats, mais la «destruction» du Conseil supérieur de la magistrature. Meta, propriétaire de YouTube, peu accusable d’accointances avec le gouvernement Meloni a censuré la vidéo, tant les arguments avancés par l’historien ne tenaient pas la route, comme l’a démontré le commentateur politique Andrea Lombardi.
L’incapacité de bâtir une contre-culture à la culture dominante de gauche doit aussi être imputée au camp des patriotes. La droite ne parle pas aux jeunes, et reste « un truc de vieux ».
Autres considérations
Enfin, le désaveu du gouvernement est aussi dû à la peur. Peur de la conjoncture internationale, un grand nombre d’Italiens redoutant l’entrée en guerre aux côtés des Américains. Bien que Giorgia Meloni ait plusieurs fois déclaré qu’il n’y aurait aucun alignement avec la politique israélo-américaine, son suivisme pro-Trump inquiète. Jusqu’où pourra-t-elle aller pour s’opposer au trublion de Washington ? Pour rappel, il y a encore plus de 10 grandes bases américaines sur le territoire italien et plus de 100 structures (stations de support, dépôts et antennes) de l’OTAN. Peur du « carovita« , la vie chère qui arrive avec l’augmentation du carburant et des factures, toujours en lien avec la conjoncture internationale.
Pour conclure, selon Le Primato Nazionale, cet échec « dit qu’en Italie, il existe un pouvoir organisé, compact, culturellement hégémonique, capable de bloquer toute tentative de réforme. Un pouvoir qui n’a pas besoin de toujours gagner, mais simplement de tenir assez longtemps pour empêcher les autres de changer les choses. Il s’agit d’une dynamique faussement innovatrice, qui pèse sur le temps en décourageant tout élan réformateur, et qui pèsera sur les épaules des générations futures. C’est ce que l’antifascisme des juges a dit aujourd’hui à l’Italie : le changement est impossible.«
De là à penser qu’aucune amélioration de la société ne passera pas les urnes, il n’y a qu’un pas.
Les magistrats de Naples entonnent le célèbre chant de guerre antifasciste Bella Ciao à l’annonce de la victoire du Non
Audrey D’Aguanno
Photo d’illustration : DR
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5 réponses à “Italie : les véritables raisons de l’échec du référendum sur la magistrature, une gifle pour le gouvernement Meloni”
Tout comme en France, la technocratie ne lâchera rien, c’est elle qui décide au dessus des présidents, Poutine l’a bien compris, il a été obligé par la force de virer les oligarques qui dirigeait le pays, vaste programme !!!
Bonjour,
La droite serait-elle donc remplie d’avachis incultes ?
Cdt.
M.D
Tout comme en France avec la gauche qui a verrouillé tout les secteurs en placent depuis 81 tout leur copains à des postes clés même si le RN arrive à prendre la place de président ce sera très difficile de changer tout ce qui est à changer dans notre pays qui était un des plus importants du monde
Bon, ben, pour la xème fois, la même conclusion : le parti des pêcheurs à la ligne pèse lourd.
Tout comme en France, les juges rouges italiens (et là ce n’est pas un euphémisme) ce raccrochent à leurs privilèges. La gauche ne sait pas gouverner mais elle sait conserver le pouvoir, en Italie comme chez nous, les institutions de l’état son pourries par la merde gauchiste. Ce qui se passe en Italie préfigure ce qui se passerait si un gouvernement de droite patriote prenait le pouvoir en France. En 2022 Giorgia Meloni a réussi un holdup en devenant présidente du conseil, depuis les anti-peuples sont sur leur garde et ne laissent rien passer. Pour nos voisins comme pour nous, ça vas être dur de retrouver une souveraineté et une cohésion nationale.