Des documents déclassifiés du gouvernement britannique jettent une nouvelle lumière sulfureuse sur la jeunesse politique de Gerry Adams. Selon des archives du Northern Ireland Office (NIO) rendues publiques, un ancien républicain irlandais aurait rapporté aux autorités britanniques que le futur président du Sinn Féin aurait tenu, au début des années 1970, des propos d’une violence sectaire glaçante : il aurait déclaré être prêt à « patauger jusqu’aux genoux dans le sang protestant pour parvenir à une Irlande unie ».
Des propos tenus dans la prison de Long Kesh
C’est un ancien membre de l’IRA, Des O’Hagan, qui aurait recueilli ces mots d’un jeune Adams alors que les deux hommes étaient internés ensemble à Long Kesh, la tristement célèbre prison nord-irlandaise. O’Hagan, entré dans les rangs de l’IRA dès la fin des années 1940 avant d’en être exclu pour avoir prêté serment d’allégeance à la Couronne en rejoignant la fonction publique nord-irlandaise, était devenu une figure importante du Workers’ Party, l’aile politique de l’IRA officielle. C’est en cette qualité qu’il rencontra des représentants du NIO au milieu des années 1990.
Ces révélations figurent dans un mémorandum confidentiel rédigé en février 1996 par un fonctionnaire du NIO, David Watkins, à la suite d’un déjeuner de travail avec O’Hagan et d’autres représentants du Workers’ Party. La rencontre intervient à peine deux semaines après l’attentat à la bombe de Canary Wharf, qui avait mis fin au cessez-le-feu de l’IRA.
Un portrait accablant du Sinn Féin
Au-delà de cette citation explosive, le document dresse un tableau particulièrement sombre de l’organisation républicaine telle que la voyaient ses anciens compagnons de lutte devenus adversaires. Selon O’Hagan et ses collègues, le Sinn Féin demeurait à cette époque « entièrement sous la domination de l’IRA » et constituait un groupe « irrécupérablement sectaire » incapable de tolérance envers les protestants et les unionistes. Ils affirmaient également que nombre de membres du Sinn Féin « continuaient d’approuver le massacre de Kingsmill en raison de son caractère sectaire » — une attaque de 1976 au cours de laquelle dix ouvriers protestants avaient été assassinés.
Le directeur politique du NIO, Quentin Thomas, qui avait rencontré le Sinn Féin le 26 février 1996 — en présence notamment de Martin McGuinness —, avait de son côté conclu dans sa propre note que rien dans cette réunion ne laissait entrevoir « un quelconque changement dans la relation entre le Sinn Féin et l’IRA », estimant avoir affaire à « une direction conjointe cohérente, où la violence peut être employée comme prolongement de la stratégie politique ».
Adams dément catégoriquement
Interrogé par le Belfast Telegraph, Gerry Adams a rejeté ces accusations avec fermeté. Il affirme que cette citation avait déjà été rendue publique en 1983 par O’Hagan lui-même dans un documentaire télévisé, puis reprise en 2009 dans un ouvrage sur l’IRA officielle et le Workers’ Party. Selon lui, il n’a « jamais tenu de tels propos » et a « toujours été résolument anti-sectaire ».
Les fonctionnaires britanniques eux-mêmes avaient d’ailleurs émis des réserves sur la crédibilité totale des affirmations d’O’Hagan, notant que la rivalité profonde entre l’IRA provisoire et l’IRA officielle depuis leur scission de 1970 invitait à une certaine prudence dans l’interprétation de témoignages aussi chargés en ressentiments personnels.
Ces révélations s’inscrivent dans une série de documents déclassifiés qui continuent d’alimenter le débat sur le véritable rôle joué par Gerry Adams au sein de la direction de l’IRA — rôle qu’il a toujours nié publiquement. Des archives précédemment rendues publiques affirmaient notamment qu’il avait été réélu au Conseil de l’armée de l’IRA en 1996, ce qu’il conteste également.
Si le processus de paix nord-irlandais a conduit le Sinn Féin à accepter formellement le principe du consentement — selon lequel la réunification de l’Irlande ne peut intervenir qu’avec l’accord d’une majorité des habitants d’Irlande du Nord —, ces archives rappellent à quel point le chemin parcouru fut long, et la sincérité du parcours, pour certains, encore sujette à caution.
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4 réponses à “Irlande du Nord : Gerry Adams aurait déclaré vouloir « patauger jusqu’aux genoux dans le sang protestant » pour une Irlande unie”
Pourquoi s’entêter puisque bientôt ils parleront tous arabe et seront musulmans ou dhimmis
C’est là qu’on voit toute la connerie du nationalisme blanc, entièrement focalisé sur la race et non la langue, la culture, la religion, et la nationalité. Dans le monde réel ça ne marche pas.
Plus que SAOULANT de lire des pages sur l’Irlande tout comme sur des études pharmaceutiques ordonnées et effectuées sous le regard bienveillant de Big Pharma! D’ailleurs très souvent aucun commentaire tout comme les pages de conseils pour les klébars et autres chats. L’entretien des chevaux non plus n’est pas gratuit alors mieux vaut les confier à un club hippique pour l’éducation des enfants et adolescents.
Les allégations concernant d’éventuels propos de Gerry Adams sont pour le moins suspects.
D’une part parce que le républicanisme irlandais a, dans son ensemble, jamais fait preuve de sectarisme confessionnel de ce niveau, même si au cours du conflit il a pu y avoir des cas de violences qui s’apparenteraient à cela. Le plus souvent dans un contexte de riposte immédiate.
L’expression « patauger jusqu’aux genoux dans le sang protestant » ne correspond en rien à une quelconque « tradition » républicaine mais plus à une tradition loyaliste comme le démontre la chanson « we are the Billy Boys » qui évoque « Jusqu’aux genoux dans le sang de Fénian ».
Voir à ce sujet un épisode des Peaky Blinders
Enfin le principal est l’auteur même de cette « révélation » Des O’Hagan est pour le moins sujet à caution. Ancien membre de l’IRA certes et promoteur du mouvement des droits civiques à partir de 1967 il fit partie de l’IRA « officielle » connue pour avoir des positions proches du Parti communiste Irlandais dans sa version la plus stalinienne. Les multiples heurts armés (c’est un euphémisme) entre Provos et Officiels ont été nombreux dans la première partie des années 70. La haine que ces derniers vouaient aux Provos en les traitant de fascistes explique les multiples ragots et mensonges (fake news dans la jargon actuel) qu’ils n’ont cessé de déverser depuis des décennies.
Par ailleurs, la volonté, dans bien des cercles politiques britanniques de vouloir trouver un moyen d’arrêter Gerry Adams n’est pas nouvelle, comme celle, faute d’y parvenir, de le discréditer par n’importe quels moyens.