L’enquête sur la voiture piégée qui a explosé samedi soir devant le commissariat PSNI de Dunmurry, dans la banlieue sud-ouest de Belfast, a connu d’importants développements ce dimanche 26 avril. La police nord-irlandaise a ouvert une enquête pour tentative de meurtre, oriente clairement ses soupçons vers la New IRA et révèle que deux nourrissons étaient en cours d’évacuation au moment même de la déflagration.
Le scénario glaçant reconstitué heure par heure
Lors d’une conférence de presse tenue ce dimanche au siège de la Police Service of Northern Ireland (PSNI) à Belfast, le Deputy Chief Constable Bobby Singleton a livré le détail d’une opération aussi rudimentaire dans sa conception que terrifiante dans son exécution.
Peu après 22 h 50 samedi soir, un livreur a vu son véhicule détourné dans le quartier de Twinbrook, dans l’ouest de Belfast. Un engin constitué d’une bouteille de gaz a été placé dans le coffre, puis le conducteur a reçu l’ordre de conduire la voiture jusqu’au commissariat de Dunmurry, situé dans le secteur de Kingsway, et de l’y abandonner. Une fois la voiture stationnée devant le bâtiment, l’alarme d’attaque a immédiatement été déclenchée par le personnel du commissariat.
Les policiers se sont alors précipités vers les habitations voisines pour les évacuer. C’est dans ces instants qu’un groupe de riverains, dont deux nourrissons, étaient en train d’être mis à l’abri par les forces de l’ordre lorsque la charge a explosé, embrasant le véhicule et projetant des débris dans toutes les directions. Le commandant Singleton a souligné que la nature peu sophistiquée de l’engin était largement compensée par son imprévisibilité, qualifiant de quasi miraculeuse l’absence totale de blessés.
Les investigations se concentrent désormais sur le secteur de Summerhill Drive, à Twinbrook, où le véhicule aurait été chargé avant son acheminement vers Dunmurry. Plusieurs accès au quartier ont été bouclés par la police dimanche.
La piste New IRA privilégiée
Le mode opératoire frappe par sa similarité avec une précédente tentative d’attentat survenue à Lurgan en mars : détournement d’un livreur, dépôt d’un engin dans le coffre, contrainte exercée pour acheminer le véhicule jusqu’à un poste de police. Dans le cas de Lurgan, le dispositif n’avait pas explosé, et la New IRA en avait revendiqué la responsabilité.
L’hypothèse de travail privilégiée par les enquêteurs nord-irlandais est donc que ce groupe paramilitaire dissident républicain est également impliqué dans l’attentat de Dunmurry. Singleton a évoqué des « capacités meurtrières » qui demeurent au sein des paramilitaires actifs dans la province. Le niveau de la menace terroriste en Irlande du Nord, actuellement classé « substantiel », pourrait être réévalué dans les jours à venir.
L’engin de Dunmurry, bien que rudimentaire, a démontré sa dangerosité réelle, contrairement à celui de Lurgan dont l’inertie tenait davantage à la chance qu’à un défaut de conception. Aucun avertissement préalable n’avait été transmis aux autorités.
Le chef de la police nord-irlandaise, le Chief Constable Jon Boutcher, a fustigé des individus ayant délibérément mis en péril des vies humaines, dont celles de très jeunes enfants, au cœur d’une zone résidentielle. Brendan Mullan, président du Policing Board, n’a pas mâché ses mots non plus, estimant que l’engin avait été conçu pour tuer des policiers et provoquer un maximum de dégâts au cœur d’un quartier d’habitation.
Une condamnation politique unanime, jusqu’à Downing Street
L’attentat a suscité une vague de condamnations qui dépasse largement les clivages communautaires habituels. Le Premier ministre britannique Keir Starmer a réagi sur X, condamnant fermement l’attaque et promettant que les responsables seraient traduits en justice. Le secrétaire d’État pour l’Irlande du Nord, Hilary Benn, a dénoncé une attaque lâche et éhontée visant délibérément un commissariat implanté en pleine zone résidentielle.
À Stormont, le siège de l’exécutif nord-irlandais, l’unité a prévalu. La Première ministre Michelle O’Neill (Sinn Féin) a répété que les auteurs ne représentent personne. La vice-Première ministre Emma Little-Pengelly (DUP) a qualifié ces actes de « pires résidus » du passé tourmenté de la province, et estimé qu’ils témoignent d’une volonté de ramener l’Irlande du Nord en arrière.
La ministre de la Justice Naomi Long a jugé inconcevable qu’un tel acte se reproduise quelques semaines à peine après celui de Lurgan. Le leader de l’Ulster Unionist Party (UUP) Jon Burrows, ancien officier supérieur de la PSNI, a observé que les groupes dissidents, bien qu’affaiblis par l’efficacité du travail policier, conservent à la fois la capacité et l’intention de tuer. Jim Allister, leader du Traditional Unionist Voice (TUV), a appelé à pourchasser ces terroristes sans la moindre équivoque.
Du côté du Social Democratic and Labour Party (SDLP), Claire Hanna a souligné que seule la chance avait évité un drame aux familles de Dunmurry. Liam Kelly, président de la Police Federation for Northern Ireland, a vu dans cette attaque une résurgence des heures les plus sombres des Troubles, sans aucune utilité politique.
Le souvenir des Troubles ravivé
Cet attentat survient près de vingt-huit ans après les accords du Vendredi saint de 1998 qui ont mis fin officiellement à trois décennies de Troubles ayant fait plus de 3 500 morts en Ulster. Si l’écrasante majorité de la population a depuis rejeté la violence politique – choix réitéré récemment par les électeurs lors de divers scrutins – , des fractions ultra-minoritaires, dont la New IRA constitue la principale incarnation, refusent ce compromis historique et continuent de viser prioritairement la PSNI.
L’épisode de Dunmurry, où des nourrissons ont failli figurer parmi les victimes collatérales d’une opération paramilitaire, illustre tragiquement la persistance d’une menace que les services de renseignement britanniques avaient peut-être eu tendance à sous-estimer ces dernières années. Comme l’a relevé le leader du DUP Gavin Robinson, l’idée selon laquelle ces groupes auraient été démantelés et rendus inopérants vient de subir un sérieux démenti.
Pour les habitants de Dunmurry, comme pour ceux de Lurgan quelques semaines plus tôt, la nuit du 25 au 26 avril restera celle où le spectre du passé est venu frapper à leur porte. Sans les réflexes de policiers ayant couru vers le danger plutôt que de s’en éloigner, le bilan aurait pu être catastrophique.
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2 réponses à “Irlande du Nord. Attentat de Dunmurry : la New IRA dans le viseur des enquêteurs, deux nourrissons évacués in extremis”
Pourquoi cette gueguerre interne ? Bientôt l’islam regnera en maître et ils se soumettrons tous, catholiques et protestants .
On n’arrive pas à comprendre ces querelles qui n’en finissent pas entre groupes, sous-groupes, sous sous-groupes de mafieux… où est l’intérêt de l’Irlande au milieu de ces querelles? Ils ne songent qu’à leurs litrons de wheskey et à leurs hamburgers MacDo. Nous avons eu de la chance avec le FLB.