C’est l’épilogue judiciaire d’un dossier qui avait fait grand bruit localement il y a deux ans. L’exploitant agricole d’une ferme située à Meillac, en Ille-et-Vilaine, comparaîtra mardi 12 mai 2026 à 13 h 30 devant le tribunal correctionnel de Saint-Malo, pour répondre des conditions dans lesquelles vivaient les 57 bovins de son élevage. Il est poursuivi pour mauvais traitements sur ses animaux et pour détention de cadavres sans déclaration à l’équarrissage. Trois associations de protection animale — L214, l’Œuvre d’assistance aux bêtes d’abattoirs (OABA) et la Fondation Brigitte Bardot — ainsi que la Direction départementale de la protection des populations d’Ille-et-Vilaine (DDPP35) se sont constituées parties civiles.
Une vidéo qui avait choqué l’opinion
L’affaire avait éclaté fin janvier 2024, lorsque l’association L214 avait diffusé des images filmées sur l’exploitation de cette commune située entre Rennes et Saint-Malo. Les vidéos montraient des vaches et des veaux enfoncés dans une épaisse couche de boue mêlée de lisier, des animaux amaigris souffrant manifestement d’un défaut d’alimentation et de déshydratation, des parcs sans litière ni espace sec où se coucher, des blessures non soignées. Plusieurs cadavres de bovins gisaient parmi leurs congénères vivants. Une séquence particulièrement choquante montrait un cadavre déplacé par tracteur et laissé au sol, qu’un chien commençait à dévorer.
À la suite de la diffusion de ces images et du dépôt d’une plainte par L214 auprès du parquet de Saint-Malo, la DDPP35 avait procédé, le 30 janvier 2024, au retrait des 57 bovins encore en vie. Les bêtes avaient été confiées à l’OABA, association spécialisée dans la prise en charge d’animaux d’élevage retirés à leurs propriétaires en raison de mauvais traitements.
Une administration au courant depuis quatre ans
L’un des points les plus troublants du dossier, mis en avant par L214 dans son communiqué et confirmé par les éléments de l’enquête, concerne la chronologie de l’affaire. Les services de la DDPP35 avaient connaissance de la situation depuis 2020, soit près de quatre années avant l’intervention. Aucune mesure effective n’avait été prise dans l’intervalle pour mettre fin aux souffrances constatées. Il aura fallu la médiatisation et la pression publique provoquées par la diffusion des images de l’association militante pour qu’une décision administrative soit enfin prise.
Cette défaillance des services de l’État sera également au cœur de l’audience du 12 mai. L214 a fait savoir qu’elle entendait pointer cette inertie devant le tribunal. Pour Olivier Vidal, avocat au barreau de Bordeaux représentant l’association, les défaillances administratives sont d’autant plus graves que les animaux concernés ne peuvent évidemment pas témoigner par eux-mêmes des souffrances endurées. Le rôle des associations partie civile est précisément de porter cette voix muette.
Une procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité refusée
Avant l’audience publique du 12 mai, le dossier était passé par une première étape. Le 8 octobre 2025, l’éleveur s’était présenté en comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC), procédure rapide proposée par le parquet en cas de reconnaissance des faits. Le procureur avait alors proposé une peine globale : six mois d’emprisonnement avec sursis, 500 euros d’amende, la confiscation des animaux, et une interdiction définitive de détenir des animaux ainsi que d’exercer dans une exploitation agricole.
C’est principalement ce dernier point qui a conduit la défense à refuser la proposition. L’avocat de l’éleveur, Pierre Stichelbault, a fait valoir devant la presse que son client était « moralement seul » et avait été « dépassé par des problèmes économiques ». Il a décrit son client comme un homme qui « aimait ses bêtes malgré l’état dans lequel elles ont été retrouvées ». L’agriculteur ne reconnaît, par ailleurs, que partiellement les faits qui lui sont reprochés. Le refus de la CRPC entraîne mécaniquement le renvoi du dossier devant le tribunal correctionnel pour une audience contradictoire, dont la date a été fixée au 12 mai 2026.
Les infractions retenues
Les charges retenues contre l’éleveur sont précises. Il est d’abord poursuivi pour le délit de mauvais traitements prévu à l’article L. 215-11 du Code rural, pour avoir laissé ses animaux vivre dans un « amas boueux composé de lisier et de fumier » et leur avoir provoqué un « déficit nutritionnel chronique » ainsi que des dermatites — maladies de peau particulièrement répandues lorsque les bêtes restent durablement dans des conditions d’humidité et de saleté excessives.
La seconde charge concerne la détention de cadavres ou de parties de cadavre d’animaux sans déclaration au service d’équarrissage, infraction prévue à l’article L. 228-5 du Code rural. Cette obligation de déclaration et d’enlèvement existe précisément pour des raisons sanitaires et de santé publique, le maintien sur place de cadavres pouvant constituer un foyer de contamination tant pour les autres animaux que pour l’environnement immédiat.
L214 espère une condamnation « effective, proportionnée et dissuasive ». Une interdiction de détenir des animaux figure parmi les peines complémentaires que l’association souhaite voir prononcées par le tribunal.
Le débat plus large sur le modèle agricole
Au-delà du cas de Meillac, L214 entend également placer son combat sur le terrain plus large d’une remise en cause du modèle agricole français.
Mais la généralisation à laquelle l’association se livre systématiquement — qui consiste à présenter chaque cas particulier de défaillance comme la manifestation d’un système intrinsèquement vicieux — appelle plus de prudence. La très grande majorité des éleveurs bretons et français exercent leur métier dans des conditions soucieuses du bien-être animal, parfois au prix de difficultés économiques considérables que la défense de l’éleveur de Meillac évoque d’ailleurs explicitement. Mettre dans le même sac un agriculteur dépassé par ses dettes et la pratique générale de l’élevage en France relève d’un raccourci militant.
Le procès du 12 mai à Saint-Malo se concentrera sur des faits précis et sur la responsabilité d’une personne précise — agriculteur en difficulté ou maltraitant indifférent, à la justice de trancher. Et accessoirement sur la responsabilité d’une administration qui, prévenue depuis 2020, n’a agi qu’en 2024 sous la pression médiatique. Cette seconde dimension du dossier mériterait, à elle seule, qu’on s’y arrête longuement
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4 réponses à “Meillac (35) : un éleveur jugé le 12 mai pour mauvais traitements après l’évacuation de 57 bovins enlisés dans le lisier”
On devrait mettre les tocard de L214 à la tête d’un élevage on verrait s’ils sont meilleurs que pour faire ch…. les éleveurs. Je ne veux pas dire que c’est bien ce que faisait cet éleveur mais au lieu de l’enfoncer es tocards de L214 et je pèse mes mots auraient dû l’aider à s’en sortir au lieu de l’enfoncer ce qui est leur marque de fabrique: ruiner les paysans
Mais qui finance cet organisme? Mais c’est nous car ces parasites sont bénéficiaires de subventions et le monde agricole est victime des administrations apatrides, la notre et celle de l’Europe dans le cadre du grand marché mondialisé qui profitera à…devinez!
Quelqu’un qui est victime de difficultés économiques, fatigué et dépassé par ses problèmes, peut être malade, est un délinquant ? Les militants de L214 devraient être poursuivis pour incitation à la haine, au racisme anti-paysan. Des êtres humains normaux qui voient une telle situation de détresse devraient au contraire venir aider bénévolement l’éleveur à s’en sortir.
Bonjour,
L’enracinement jusqu’à la maltraitance, de lui et de ses animaux. A un moment donné, il faut accepté le RSA.
CDt.
M.D