Euphoria : portrait d’une jeunesse sacrifiée sur l’autel du trash ou modèle toxique vendu à nos enfants ?

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Dans les années 1990, HBO faisait scandale avec sa série phare, Sex and the city, qui mettait en scène la sexualité féminine débridée de quatre trentenaires dans une New York à l’avant-garde de la décadence. Trente ans et une hypersexualisation de la société plus tard, pour parvenir à choquer encore, il fallait faire gros. C’est chose faite avec Euphoria, une série dérangeante, où tout ce qui est toxique est normalisé et glamourisé.

Série dramatique américaine créée par Sam Levinson et diffusée sur HBO depuis 2019, Euphoria est une adaptation de la série israélienne du même nom. Elle suit un groupe de lycéens plongés dans un quotidien marqué par la drogue, les réseaux sociaux et les relations amoureuses toxiques. Toxique, c’est bien le mot qui résume tout l’univers de la série. Les familles sont toxiques, les relations sont toxiques, les personnages sont toxiques – quand ils ne sont pas carrément toxicos. Rien n’est beau, rien n’est sain, rien n’est solaire, porteur de vitalité ou de bonne santé… Tout y sale, problématique, malsain. 

Et comme tout ce qui est glauque engendre nécessairement une sorte de fascination morbide, ça n’a pas raté : la série est devenue un phénomène parmi les adolescents.

La protagoniste, Rue, est une jeune fille dépendante des opioïdes qui tombe amoureuse de Jules, une camarade transsexuelle qui couche avec des inconnus contactés sur Tinder… L’un d’entre eux, d’apparence bon père de famille Wasp, est en réalité un homosexuel refoulé sous ses airs de mâle alpha cisgenre, et se révèle être le père de Nate, le joueur de football star du lycée, qui lui aussi tombera à son tour amoureux du personnage transgenre. En proie à des insécurités sexuelles profondes, il est violent avec sa copine accro au porno. Il va sans dire qu’aucun personnage masculin n’est positif, exceptés peut-être le petit-ami afro-américain de Cassie, la bimbo de la série, ou Fez… le dealer local. Le « gentil », un peu comme dans la vie, est méprisé, il s’attachera à la Kat, une fille en surpoids qui lui préférera les vieux dégueulasses auxquels elle se vend sur Onlyfans. Devenus adultes, les personnages principaux deviendront des travailleurs du sexe ou exerceront un métier lié à la prostitution.

Le sexe est évidemment délié de tout sentiment et n’apporte pas d’émotions positives. Les photos de nu et autres « sextape« , qui font le tour du lycée, sont échangées comme on s’échange des billes ou des figurines. L’intimité semble être le grand inconnu de cette génération si tant est que cette série la représente. D’ailleurs, si cette hypersexualisation trash dérange, c’est d’abord pour l’audience visée. Euphoria, nous dit-on, s’adresserait à un public d’adultes. On se demande alors pourquoi faire fantasmer ces derniers sur des corps adolescents. Une telle profusion de nudité vulgaire, détachée de toute considération, profondeur, message, apparaît comme destinée à satisfaire un public de voyeurs adultes… et puis tant pis pour une jeunesse toujours en quête de repères et de limites. Quoi qu’il en soit, en mettant en scène des adolescents dans un cadre adolescent, Euphoria a tout de la série pour ados. Une série pour ados on ne peut plus nocive, puisque seule l’esthétique cool des excès est montrée, sans les risques qui leur sont liés comme ceux inhérents au sexe avec de parfaits inconnus dans des lieux isolés, à la prise de drogues synthétiques soi-disant indispensables à la fête, comme les dégâts psychologiques des relations sexuelles tarifées ou de de la diffusion d’images ou de vidéos pornographiques de soi. (1)

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Provocation, subversion, audace, radicalité… Force est de constater que l’habituel charabia des « artistes » qui veulent choquer le bourgeois est toujours d’actualité. Il n’en reste qu’à la fin de la série, on ne sait trop si être dégoûté par une production nihiliste qui entend glamouriser la détresse, ou être dérouté par une jeunesse qui a évincé tout romantisme, toute beauté des rapport humains, pour n’en retenir que les côtés sombres.

Euphoria captive autant qu’elle inquiète. En normalisant une noirceur absolue où les repères s’effacent au profit des addictions, la série tend un piège redoutable à son jeune public. Ce phénomène adolescent pose alors une question cruciale : à force de « cooliser » la toxicité, la fiction n’est-elle pas en train de priver la jeunesse de son droit le plus fondamental : celui de rêver à un avenir sain ?

(1) Si l’aspect destructeur de la drogue est mis en évidence à travers la crise d’abstinence de l’héroïne principale (remarquable performance), tous les autres personnages en consomment sans aucune répercussion, tout en restant désirables et branchés, tels des modèles pour le jeune spectateur.

Audrey D’Aguanno

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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Une réponse à “Euphoria : portrait d’une jeunesse sacrifiée sur l’autel du trash ou modèle toxique vendu à nos enfants ?”

  1. Kieffer dit :

    Quelle décadence ! C’est affligeant.

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