L’histoire irlandaise réserve parfois des pages que la mémoire collective a tendance à effacer, tant elles contredisent les récits simplifiés. Celle de la « Prod Squad » — surnom officieux donné à une unité spéciale de l’IRA à Belfast composée en majorité de protestants — en fait partie.
1934 : des ouvriers de Shankill Road au pied de la tombe de Connolly
En juin 1934, trente-six ouvriers protestants originaires de Shankill Road, quartier emblématique du Belfast unioniste, se rendirent à Arbour Hill, à Dublin, pour déposer une couronne sur la tombe de James Connolly, le leader syndicaliste et républicain exécuté après l’insurrection de Pâques 1916. La couronne, déposée par George M. Tickers, portait l’inscription suivante : « À la mémoire de Connolly et de ses héroïques camarades de la semaine de Pâques 1916, de la part de ses camarades de Belfast. En marche vers la République des travailleurs. »
Le groupe prit ensuite part au pèlerinage de Bodenstown. Parmi les personnalités présentes figuraient Nora Connolly O’Brien, fille de James Connolly, ainsi que Peadar O’Donnell et Michael Price. Un fait rarissime pour l’époque, et qui le demeurerait.
L’Irish Union Movement : la matrice intellectuelle
C’est dans les années 1940 que la présence protestante au sein de l’IRA se structura plus formellement. L’organisation républicaine mit sur pied à Belfast une unité spéciale dont une grande partie des membres étaient d’anciens militants de l’Irish Union Movement, fondé par Denis Ireland — lui-même protestant et républicain, inscrit dans la vieille tradition presbytérienne de l’Ulster.
Ce mouvement rassemblait des protestants du Nord favorables à la réunification de l’Irlande par des voies pacifiques. Plusieurs d’entre eux, après avoir approfondi leur lecture de la relation pluriséculaire entre l’Irlande et l’Angleterre, en vinrent à considérer que la lutte armée était l’unique voie possible et rejoignirent les rangs de l’IRA. L’unité s’entraînait discrètement dans une petite salle de Waterford Street, sur la Falls Road, face au parc Dunville.
L’existence de cette unité représentait un atout tactique majeur pour l’IRA. Ses membres, initialement inconnus de la Special Branch de la RUC, pouvaient se déplacer avec une liberté de mouvement que les républicains habituels n’avaient plus depuis longtemps. Le fait que la plupart résidaient dans des quartiers protestants fut également exploité à plein : des armes stockées dans un foyer de la middle class unioniste présentaient bien moins de risques qu’entreposées chez un républicain fiché, plusieurs fois arrêté.
John Graham, Anglican, fils d’officier britannique, commandant du bataillon de Belfast
La figure la plus emblématique de cette unité reste John Stuart Stephenson Graham, d’Antrim Road. Membre de l’Église d’Irlande, né en Inde d’un père colonel dans l’armée britannique, il se préparait à entrer dans les ordres lorsqu’il opéra une rupture radicale et rejoignit l’IRA. Un de ses proches le décrivait comme « taillé dans le moule de 1798 », en référence aux républicains protestants de la rébellion des Irlandais Unis.
Lors de la vague d’arrestations du début des années 1940 qui décapita une grande partie du commandement républicain, Graham fut promu officier commandant le bataillon de Belfast. Il participait également à la production du journal de l’IRA, le Republican News. Il fut arrêté en 1942 aux côtés du Kerry-man Davy Fleming à l’issue d’un échange de tirs avec la RUC au siège de la direction de la publicité du commandement Nord, une maison de la Crumlin Road. Condamné à douze ans de prison, son parcours illustre à lui seul le paradoxe d’une époque.
Un profil d’hommes ordinaires et extraordinaires
L’unité comptait des intellectuels, mais aussi des hommes du commun. Billy Smith, imprimeur, en était l’officier d’instruction. Richard Magowan, fonctionnaire au ministère de l’Intérieur, occupait le poste de premier lieutenant avant de contracter la tuberculose en détention. Rex Thomson, représentant de commerce de l’Antrim Road dont le père était commandant dans les B Specials — milice loyaliste para-militaire — était officier des finances. Harry Crowe assumait la fonction de quartier-maître. Hedley Wright, fils du directeur de la loyaliste Portora School d’Enniskillen, comptait également parmi les officiers. Gideon Close, chaudronnier, demeura républicain sans jamais fléchir.
Harry White, ancien chef d’état-major de l’IRA, porta sur eux ce jugement lapidaire : « Ils étaient tous d’une grande droiture. Aucun n’a trahi quiconque. »
Une page méconnue d’une histoire irlandaise décidément plus complexe que ses caricatures.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.