Umberto Bossi, Il Senatùr, fondateur de la Lega Nord est mort.

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Il Senatùr est parti vers les cieux de la Padanie. Étudiant tardif en médecine, Umberto Bossi était entré en politique en heurtant, en sortant du bâtiment de l’université, le journaliste et homme politique de l’Union Valdôtaine Bruno Salvadori. Après le décès de ce dernier dans un accident de voiture, Umberto Bossi avait poursuivi le combat pour l’autonomie, allant même jusqu’à proclamer en 1996 l’indépendance du nord de l’Italie, rebaptisé Padanie, en référence à la vallée du Pô. Umberto Bossi, à l’instar de Silvio Berlusconi et de Gianfranco Fini, a été une des figures dominantes de la politique italienne après l’écroulement des partis politiques en place, au début des années 1990, à la suite de l’Opération « Mains propres » lancée depuis Milan par la magistrature et incarnée par le visage d’Antonio Di Pietro.

Au début de la décennie 1990, l’ancien monde, né à la fin de la Seconde Guerre mondiale, s’effondre. L’onde de choc de la chute du Rideau de fer et du Mur de Berlin atteint Moscou. Fin 1991, l’Union soviétique n’est plus. En conséquence, le Parti communiste italien (PCI) ne constitue plus une menace pour le pays et pour l’Occident. Le système républicain, construit sur les cendres du fascisme après la Seconde Guerre mondiale, tremble à son tour. La porte est ouverte à un changement de donne politique.

De 1992 à 1994, une tornade judiciaire frappe les partis politiques en place. Le cadavre de la « Première République », une expression informelle utilisée par les journalistes, gît bientôt au pied de la roche Tarpéienne. La tornade blanche balaye la Démocratie chrétienne et le Parti socialiste italien (PSI), ainsi que leurs complices libéraux, républicains laïcs et sociaux-démocrates. Seuls sont peu touchés les partis hors système : le PCI, le parti néo-fasciste MSI et, dans la partie la plus septentrionale du pays, la Ligue du Nord dirigée par Umberto Bossi.

Tangentopoli

Tout commence le 17 février 1992. Une affaire de pot de vin touche un cadre socialiste de la ville de Milan, Mario Chiesa, qui est pris la main dans le sac. Ce dernier décide de « se mettre à table ». Les magistrats du parquet, tirant sur le fil découvert dans la capitale lombarde, localité bientôt rebaptisée par les médias Tangentopoli (« la cité des pots de vin »), détricotent progressivement le pull de la corruption touchant l’ensemble de la Péninsule. En conséquence, en juin 1993, la mairie de Milan est prise par le candidat de la Ligue du Nord. Le 29 octobre, sous la pression de la population, une loi anti-immunité parlementaire est votée. La boîte de Pandore est ouverte. Enquêtes, arrestations et gardes à vue se multiplient au sein de la Botte.

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Au milieu de ce champ de ruine, un entrepreneur, ancien protégé du dirigeant du PSI Bettino Craxi, voit son empire télévisuel menacé par une possible arrivée au pouvoir des communistes. Cet homme, Silvio Berlusconi, veut, dans un premier temps, soutenir les néo-fascistes du MSI, puis, pressentant que ces derniers ne peuvent pas gagner le scrutin, décide de se lancer dans l’arène politique. Il fonde, au début 1994, le parti Forza Italia, dont l’hégémonie culturelle est celle d’une entreprise. À l’issue des élections législatives de la fin du mois de mars, un gouvernement constitué de Forza Italia, du MSI – présent sous le nom « Alliance nationale – MSI » – et de la Ligue du Nord , ainsi que de deux formations démocrates-chrétiennes, voit le jour.

L’entrée dans Rome du « barbare » Bossi est la conséquence d’une marche en avant ayant duré une décennie.

Umberto Bossi

Umberto Bossi naît, dans la partie la plus au nord de l’Italie, le 19 septembre 1941, en tant que premier enfant d’Ambrogio Bossi et d’Ida Valentina Mauri, habitant à Soiano, un hameau de 4.000 habitants situé dans la municipalité de Cassano Magnano, près de Varèse. La famille vit dans des conditions modestes. Deux autres enfants, Franco et Angela, naissent. Umberto court les filles et change souvent d’emploi, exerçant de petits boulots. Il fonde un groupe musical. Il participe à des rassemblements contre la guerre au Vietnam. Il est proche du parti communiste, puis du Parti fédéraliste européen, puis du parti socialiste. Il se recentre sur ses études, obtient son diplôme d’humanités à 25 ans et s’inscrit en médecine à l’université de Pavie. Il se marie en 1978 avec Gigliola Guidali. Âgé de 37 ans, Umberto Bossi, sortant d’un bâtiment de l’université, heurte Bruno Salvadori de l’Union valdôtaine qui lit une affiche. Les deux hommes font connaissance et Umberto Bossi se lance dans l’action politique, alors qu’il ne lui reste plus que quelques mois d’études afin d’obtenir son diplôme. Bruno Salvadori se tue en 1980 dans un accident de voiture et laisse une dette financière à Umberto Bossi, que ce dernier éponge. Il rencontre en 1982, alors qu’il est séparé de sa femme avec laquelle il a un fils dénommé Riccardo, Manuela Marrone, enseignante. Ils vivent ensemble et leur appartement sert de lieu de rencontre politique.

Le 12 avril 1984, Umberto Bossi fonde, par acte notarié, la Ligue lombarde, qui existe, en fait, depuis 1982. Il édite l’organe de presse Lombardia autonomista. Ayant des moyens limités, les militants autonomistes distribuent des tracts, collent des affiches, font du porte à porte, peignent des slogans sur des murs, … Lors des élections législatives de 1987, le parti obtient 3 % et Umberto Bossi est élu sénateur. Le premier enfant du couple, Renzo, voit le jour en 1988.

« En 1989, réunie en congrès national, la Lega lombarda élit Bossi au poste de secrétaire fédéral. Deux ans plus tard, en février 1991, il devient par acclamation secrétaire fédéral de la Lega Nord. Bossi est parvenu à fédérer au sein d’un seul et même parti les différents mouvements et partis qui composent l’archipel autonomiste du nord de l’Italie. » (1)

En 1990, le couple déménage à la suite de l’arrivée de son deuxième enfant, Roberto Libertà, puis achète une maison à Gemonio, à la campagne. En 1992, la Ligue du Nord décroche 8,7 %.

Pour les léguistes, deux Italies coexistent : celle du nord, travailleuse, honnête et prospère, et celle du sud, mafieuse, économiquement arriérée et fainéante. Au centre, « Rome la voleuse », tanière de la Démocratie chrétienne centralisatrice. Après avoir pris Milan, capitale financière et économique du nord, les léguistes, sous la bannière du guerrier du Moyen-Âge Alberto da Giussano, symbole de la résistance du nord de l’Italie, se lancent à l’assaut de Rome.

Umberto et Manuela se marient. Le gouvernement Berlusconi, regroupant le parti Forza Italia de ce dernier, les néo-fascistes se transformant en post-fascistes du MSI, la Ligue du Nord et des démocrates-chrétiens, qui voit le jour en 1994 tombe en 1995, lâché par la Ligue du Nord. Un nouveau fils naît, Eridano Sirio Bossi. Le 13 septembre 1996, Umberto Bossi se rend à la source du Pô et y remplit une petite fiole avec de l’eau du fleuve. Une procession se déroule ensuite le long de ce dernier et aboutit le 15 septembre à Venise, où le texte officiel de la « Déclaration d’indépendance et de souveraineté de la Padanie » est lu par Umberto Bossi. Le drapeau italien est abaissé et celui de la Padanie est hissé. De 2001 à 2006, deux gouvernements dirigés par Silvio Berlusconi et auxquels participent la Ligue du Nord dirigent le pays, puis un autre de 2008 à 2011.

Umberto Bossi termine sa vie en étant député de son parti, malgré le fait qu’il n’est pas d’accord avec le tournant pris par celui-ci, désormais dénommé Ligue, sous la houlette de Matteo Salvini, qui le transforme en formation politique active dans l’ensemble du pays.

Le ciel de la Padanie compte une étoile de plus.

Lionel Baland

Références :

(1) Sergio Carrozzo, Les Guépards. Italie 1992-1995 chronique d’une transition inachevée, collection « Internationale », Éditions Luc Pire, Bruxelles, 1995, p. 78.

sources :

CARROZZO Sergio, Les Guépards. Italie 1992-1995 chronique d’une transition inachevée, collection « Internationale », Éditions Luc Pire, Bruxelles, 1995.

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3 réponses à “Umberto Bossi, Il Senatùr, fondateur de la Lega Nord est mort.”

  1. Alberto da Giussano dit :

    Un “Buongiorno” venu d’une vallée Alpine de Lombardie, d’Italie du nord donc.
    Si je me décide enfin à vous écrire pour vous remercier et vous féliciter ce n’est pas parce que l’envie m’en manquait, et ce depuis des années que je vous apprécie, mais parce que cette fois je ne me serais jamais pardonné de ne pas vous avoir remercié pour cet excellentissime article !
    Pour en revenir à Umberto Bossi et à la Ligue du nord vous dire que cela à été une des plus enthousiasmante partie de ma vie et que je regrette aujourd’hui le souvenir des rassemblements festifs (Pontida et autres) où flottais fièrement les belles bannières des provinces du nord de l’Italie (pour rester gentil …l’Italie du sud m’est plutôt étrangère) et … les espoirs perdus depuis.
    Y venait même des représentants d’autres mouvements politiques européens : le Vlaams Belang flamand, la Lega dei Ticinesi suisse … (pour ma part j’entretenais des rapports amicaux avec le mouvement Breton ADSAV!) et aussi bien sur d’autres mouvements politiques Italiens : Forza Italia de Berlusconi et même une petite jeunette, Giorgia Meloni, qui y faisait des discours explosifs et qui, bien qu’adepte d’un jacobinisme à l’italienne, avait su comprendre alors (bon cela c’est typiquement italien) que malgré nos désaccords le plus important était de nous entendre contre la gauche.
    Les choses ont malheureusement bien changé depuis et pas forcément en mieux.
    Nonostante : Bevet Breizh, Viva la Padania, Viva l’Italia, e … War-raok ha gwellañ hetoù ! / Avanti e Tanti Auguri !

  2. RAYMOND NEVEU dit :

    Incroyable…personne ne connait nos frères italiens! Et sans aller plus loin chez nous qui connaît Occident? Ordre Nouveau? parmi les petits péteux bourgeois bien pensants qui nous abreuvent de leur « yaka fokon » YV comprend ce que je veux dire!

  3. Alberto da Giussano dit :

    Viva il Senatùr !

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