Les images des membres de la flottille pour Gaza agenouillés et humiliés par des soldats et le ministre israélien Ben Gvir en personne ont suscité une vive indignation diplomatique. Mais de nouvelles vidéos circulent, celles de ces mêmes activistes feignants d’avoir été physiquement maltraités. Face à ces manipulations plus que gênantes, et convaincus que la guerre est une chose sérieuse, nous avons voulu demander l’avis de quelqu’un qui la connait bien, le soldat libre Franco Nerozzi.
Franco Nerozzi a suivi en tant que journaliste indépendant de nombreux conflits des années 1980 et 1990 en Afrique, en Asie et en Europe. Avant d’abandonner le monde de l’information pour faire la guerre, qu’il considère le terrain où la nature humaine s’exprime dans toute sa vérité, ses travaux étaient diffusés par les principales télévisions italiennes et étrangères. Depuis 2001, il dirige l’organisation de volontariat Popoli qui apporte son aide aux populations qui luttent pour défendre leur identité et obtenir la liberté pour leur nation. Il est également l’auteur de « Nascosti tra le foglie« , un roman captivant où, sous forme de journal intime, il retrace ses années de lutte de l’Afghanistan à l’ex-Yougoslavie en passant par la Birmanie (non traduit en français).
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Breizh-info.com : Pour beaucoup, cette flottille internationale pour Gaza est un acte de solidarité essentiel, une opération nécessaire pour le peuple palestinien meurtri par une guerre sans fin qui frappe surtout les civils. Pour d’autres, il s’agit d’une provocation inutile. Quel est, selon vous, le dessein de cette opération ?
Franco Nerozzi : Pour moi, la flottille est une opération entièrement conçue dans le but de mettre en avant l’existence et l’activisme d’un front antifasciste qui, objectivement, suffoque face à la montée de ce qu’on appelle les « droites souverainistes ». Depuis quelques années, nous assistons à des manifestations de rue, à des initiatives partisanes, à des offensives médiatiques de la part du camp antifa, qui cherche à recruter des militants en diffusant l’idée de la nécessité de créer une nouvelle résistance contre le « Fascisme ». L’affaire de Gaza s’inscrit, à mon avis avec des aspects paradoxaux, dans cette logique. Le Fascisme est assimilé au gouvernement de Tel-Aviv, et par conséquent toute action de démonstration contre l’exécutif de Bibi Netanyahou est une pièce à ajouter aux initiatives des « nouveaux partisans ». La contradiction inhérente à cette opération est on ne peut plus évidente : l’une des principales causes de la haine de la gauche envers les fascistes est historiquement la lutte de ces derniers contre le lobby juif. Aujourd’hui, on traite de fascistes précisément ceux contre qui les fascistes historiques ont combattu. L’hypocrisie règne : la gauche mondiale a toujours été esclave du lobby, et elle se réfugie donc dans le petit jeu facile de la distinction entre Judaïsme et Sionisme pour se ranger toujours du côté des « gentils » et maintenir vivante la narration du « Fascisme, mal absolu ».
Breizh-info.com : Ne peut-on pas considérer cette initiative comme celle de simples citoyens qui pallient les échecs d’une communauté internationale réduite à l’état de spectatrice face au massacre d’un peuple sur sa terre ancestrale ? N’est-ce pas un « quelque chose » toujours plus utile que rien ?
Franco Nerozzi : Ce qui se passe à Gaza n’est pas caché : il me semble que les principales sources d’information couvrent les événements du Proche-Orient de manière assez large. La Communauté internationale connaît parfaitement la situation dramatique dans laquelle vivent les habitants de la bande de Gaza, ainsi que la scandaleuse escalade du conflit au Liban voulue par Israël. Qu’ajoute la « Flottille » à tout cela ? Rien. Pouvons-nous vraiment croire que les Juifs autoriseront un jour l’arrivée d’aides (à supposer qu’il y en ait réellement à bord des bateaux) à un peuple qu’ils veulent éradiquer depuis 1948 ? Croyons-nous vraiment que ces navigations puissent modifier d’un iota l’attitude des gouvernements occidentaux à l’égard d’Israël ? Absolument pas. Si Israël perd son soutien international, ce sera pour la gravité de ce qu’il est en train de faire, et non à cause de slogans hurlés par les habituels propagandistes attardés et hypocrites.
Breizh-info.com : Vous connaissez bien la guerre, elle a rythmé et continue de rythmer votre existence. Pourquoi avez-vous fait ce choix ? Que signifie vraiment être mercenaire ? Et selon vous, est-ce l’unique manière d’aider un peuple envers lequel on éprouve une certaine solidarité ?
Franco Nerozzi : Comme je crois l’avoir déjà fait par le passé, je transforme le mot mercenaire en une autre formule, qui exprime à mon sens de façon bien plus appropriée l’essence de ce type de combattant : le soldat libre. Pour moi, qui ai eu l’immense honneur d’entrer dans une compagnie de soldats de fortune « à l’ancienne », le soldat libre est une personne qui peut choisir en toute autonomie la guerre à laquelle elle participe. En ce qui me concerne, mes choix ont toujours été dictés par le partage des valeurs et des raisons de l’une des parties en cause dans le conflit où je me suis engagé. Et d’après ce que j’ai vu dans ma très modeste expérience, 100 % de mes camarades étaient mus par le même « moteur ». Mon « patron » Bob Denard disait : « Je n’ai jamais vu personne mourir pour de l’argent. Celui qui agit pour l’argent veut vivre, choisit des voies plus faciles, veut profiter de son argent. Je n’ai jamais vu mourir des hommes que pour un sens de l’honneur. » Je peux humblement ajouter, répondant ainsi à votre première question, que moi aussi, quand j’ai commencé, j’ai voulu mettre à l’épreuve mon sens de l’honneur. Et se battre par solidarité avec une cause, avec un Peuple, n’est pas l’unique manière d’aider cette cause et ce Peuple, mais c’est assurément une voie plutôt « intégrale ».
Breizh-info.com : Le traitement humiliant des militants de la flottille a suscité une forte indignation diplomatique en Italie. Le gouvernement Meloni a haussé le ton avec Tel-Aviv et convoqué l’ambassadeur israélien, exigeant des excuses de Ben Gvir. En avril dernier, ce même gouvernement a suspendu un accord de coopération militaire avec Israël. Y a-t-il vraiment de l’eau dans le vin entre les deux alliés historiques, ou ces prises de position n’iront-elles pas bien loin ?
Franco Nerozzi : Naturellement, je souhaiterais une rupture bien plus profonde et une condamnation totale du gouvernement israélien. Je rêve aussi qu’un jour l’Italie puisse faire partie d’une Europe libérée des impositions et des chantages des États-Unis, de la Russie, de la Chine et d’Israël. Je crois toutefois que cela restera un rêve : je ne vois pas à l’horizon d’hommes ou de femmes providentiels. Nous sommes un continent dirigé par des politiciens faibles qui veulent ramener leur salaire à la maison et un peu de popularité télévisuelle. Et qui, par conséquent, ne porteront jamais véritablement l’estocade contre ceux qu’ils estiment susceptibles de compromettre leur carrière.
Breizh-info.com : Lors de vos prises de parole, vous évoquez parfois des affrontements latents avec des entités humanitaires fortement politisées, décrivant la lutte idéologique qui se déroule autour de l’aide apportée sur le terrain. Pourriez-vous partager quelques épisodes avec nos lecteurs pour nous aider à mieux comprendre ?
Franco Nerozzi : L’épisode qui décrit peut-être le mieux cette situation concerne Emergency, la très célèbre organisation italienne fondée par le docteur Gino Strada. Gino, un communiste au passé proche de groupes violents qui sévissaient dans les années 1970 à l’Université de Milan, et moi étions devenus amis après une rencontre dans un Kaboul en proie aux combats entre différentes factions de moudjahidines. Je faisais l’envoyé de guerre, lui le médecin pour la Croix-Rouge. Quand Gino fonda « Emergency », il me voulut dans son premier voyage au Kurdistan, pour que je conduise l’une des ambulances qui sillonnaient la ligne de front. Malgré nos profondes différences politiques, il y avait du respect et une estime réciproque. Quand je créai Popoli, je proposai à Gino de réaliser un important projet sur les mines antipersonnel, étant donné que la Birmanie, où nous opérions, était le pays le plus miné au monde. Mon intention était de montrer à l’opinion publique qu’un communiste et un fasciste pouvaient, dans les années 2000, travailler ensemble pour un but commun : celui de la solidarité avec des peuples qui se battaient pour leur identité. Le résultat fut pour le moins décevant : Gino Strada disparut dans la nature, il ne voulut rien savoir d’un travail avec votre serviteur. Le monde qui soutenait « Emergency » à coups d’argent (chanteurs, acteurs, politiciens, artistes, journalistes, tous rigoureusement de gauche) imposa un veto total : « jamais avec les fascistes ! ». Ils sont ainsi faits : pour maintenir les fascistes dans l’isolement, ils sont capables de laisser crever des enfants qui ont besoin de soins.
Breizh-info.com : Pensez-vous que l’engagement solidaire a toujours un fondement politique ?
Franco Nerozzi : Je pense que le stimulant idéologique est très important pour donner de la force à ceux qui œuvrent dans ce secteur. De plus, en ce qui me concerne, l’engagement solidaire ne peut faire abstraction de principes fondamentaux. Mon choix de courir au secours des Karen, d’abord comme combattant puis comme acteur humanitaire, a été influencé par le fait que, parmi les caractéristiques de ce Peuple, figurent la lutte contre la production et le trafic de drogue et l’aspiration à la défense totale de sa spécificité culturelle et de ses Traditions.
Breizh-info.com : Une dernière réflexion avant de nous quitter ?
Franco Nerozzi : Les comédies que nous avons vues des membres de la « Flottille » arrêtés par les Israéliens sont un spectacle écœurant. Ces gens ne se rendent pas compte que leur fausse solidarité et leurs pitreries finissent par risquer de faire paraître les dirigeants israéliens moins mauvais qu’ils ne le sont en réalité. Fournir à ces maîtres de la tromperie et de la propagande victimaire l’occasion de pouvoir démentir les « tortures », c’est travailler pour eux et rendre encore plus difficile la situation du peuple palestinien.
Propos recueillis par Audrey D’Aguanno
Photo d’illustration : Franco Nerozzi Copyright Alberto Paladino
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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