Après un chrono où Remco Evenepoel a offert à la Belgique un 21 juillet à sa mesure, le peloton entame ce mercredi une étape de transition entre Chambéry et Voiron. Un mot de trop : ce n’est pas une transition, c’est un guet-apens à 174 kilomètres, avec la bagarre du maillot vert en ouverture et un final que les riverains eux-mêmes jugent dangereux.
Il faut d’abord dire un mot d’hier, parce que le cyclisme a ceci de particulier qu’il produit encore, de loin en loin, des journées où tout tombe juste. Le 21 juillet, fête nationale belge. Un chrono entre Évian et Thonon. Et un Belge qui gagne. Le dernier à avoir réussi ce petit prodige de calendrier s’appelait Rudy Matthijs, c’était en 1985, et il faut avoir un certain âge pour s’en souvenir autrement qu’en consultant un tableau.
Remco Evenepoel a donc gagné son deuxième jour d’affilée, en tête dans les quatre secteurs, avec ses parents arrivés le matin même et sa femme au bord de la route. Il a remercié son équipementier, évoqué le « travail invisible » derrière la performance — formule qu’on laissera à chacun le soin d’interpréter — et refusé de parler de victoire finale. « Tadej est sur le chemin de son cinquième Tour de France. » Vingt-huit secondes derrière lui hier, quatre minutes trente-deux devant lui au général. Le maillot jaune ne bouge pas, et personne ne fait semblant de croire qu’il bougera.
Dans le même chrono, Florian Lipowitz est tombé et a abandonné. Cinquième au général. On a beaucoup parlé du vainqueur et assez peu de lui, ce qui est la règle.
La guerre des points, acte final
Reste donc l’étape du jour, et il faut la lire pour ce qu’elle est : une étape de sprinteurs qui n’en est pas une.
Le problème s’écrit en chiffres. Mads Pedersen porte le maillot vert. Jasper Philipsen pointe à trente et un points. Il y en a cinquante sur la ligne à Voiron. Faites le calcul vous-même : si le Belge gagne et que le Danois termine loin, le maillot change d’épaules le soir même à l’hôtel.
D’où le scénario que la Lidl-Trek a manifestement en tête, et qu’elle n’a pas jugé utile de dissimuler. Quinn Simmons l’a d’ailleurs formulé avec un dépouillement admirable après l’étape de Chalon-sur-Saône : l’équipe tient davantage au maillot vert de Mads qu’à sa propre victoire d’étape, et comme c’est elle qui le paie, il obéit. On a connu des déclarations plus romantiques. On en a rarement entendu de plus honnêtes.
Le terrain se prête au projet. Onze cents mètres de dénivelé sur les cinquante premiers kilomètres — soit la moitié du total du jour avalée d’entrée. Quatre difficultés répertoriées, la côte de Bassa, celle de Rossillon, le col des Prés et pour finir la côte de Saint-Jean-d’Arvey, dont les six cents premiers mètres à 9,5 % ont tout du révélateur. Le col des Prés, huit minutes d’effort après huit cents mètres de bosse dans les jambes, est l’endroit où Philipsen devra prouver qu’il tient.
C’est une chasse à courre. On le dit rarement aussi crûment, mais quatre équipiers lancés à l’attaque pendant quarante-six kilomètres avec pour seul objectif de faire sauter un homme précis, cela porte un nom.
Un kilomètre de coupe-gorge
Et puis il y a Voiron. C’est là que l’affaire devient sérieuse, et pas seulement pour le maillot vert.
Le site Vélofuté, qui fait un travail d’analyse de parcours d’une méticulosité rare, a passé le final au peigne fin — ralentisseurs, terre-pleins, ronds-points, épingles. La conclusion tient en une phrase : ce final n’est pas adapté à un peloton lancé.
Le plus intéressant est venu ensuite. Un habitant a écrit pour confirmer que la plupart des terre-pleins avaient bien été retirés jusqu’à la ligne — sauf un, à gauche, à 1,1 kilomètre de l’arrivée. Suivi immédiatement d’un virage à droite. Son verdict, pour quelqu’un qui connaît la route : ce sera très tendu pour que tout le monde passe sur le vélo en cas de sprint massif, et c’est plus dangereux que l’arrivée de la Vuelta 2025.
Ajoutez à cela une dernière épingle à quatre cents mètres, abordée par un ralentisseur, sur un revêtement qui devient patinoire à la première averse, et une sortie sur allée pavée. Ajoutez encore un virage à sept cents mètres avec des pavés plantés en plein milieu.
La météo annonce onze kilomètres-heure de vent du nord et pas de pluie. C’est probablement la meilleure nouvelle de la journée.
Ceux qui pourraient s’échapper
Si le peloton perd son bras de fer avec les attaquants — hypothèse que le tracé rend plutôt souhaitable —, quelques noms surnagent.
Michael Matthews passe les bosses et gagne au sprint réduit ; sa Jayco-AlUla a déjà levé les bras cette année. Magnus Cort Nielsen approche de la retraite et personne n’a envie d’arriver à deux avec lui. Filippo Ganna pourrait compléter sa collection de victoires d’étape sur les trois grands tours. Jasper Stuyven, enfin libéré de son rôle de poisson-pilote, a le profil de celui qui surprend.
Et puis il y a les électrons libres. Tom Pidcock, à treize minutes au général, n’a plus grand-chose à perdre. Les UAE Emirates XRG ont vingt-trois secondes à défendre au classement par équipes, ce qui suffit à motiver un déplacement.
Le doute, quand même
Cette troisième semaine s’ouvre avec un maillot jaune qui n’a jamais paru inquiété, un dauphin qui gagne deux jours de suite, et des puissances relevées dans les cols qui font tousser une partie des observateurs même si les intéressés n’ont jamais été contrôlés positifs. Il faut le dire, et le redire. Mais il faut aussi noter que le silence de la presse spécialisée sur ces questions, après le contrôle nocturne de la semaine dernière, ressemble beaucoup à celui qu’on a connu il y a vingt-cinq ans — et dont on sait aujourd’hui ce qu’il valait.
Cela n’empêche pas de regarder l’étape. Cela empêche seulement d’applaudir sans réfléchir. Ce sont deux choses différentes, et le cyclisme gagnerait à ce qu’on cesse de les confondre.
Départ à 13 h 20, arrivée vers 17 h 28. La côte de Bassa arrive vite.
Crédit photo : © A.S.O / Thomas Maheux
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Une réponse à “Tour de France. Après le triomphe d’Evenepoel sur la 16ème étape, Chambéry-Voiron : une fausse étape de transition, un vrai piège”
Merci beaucoup des ces infos avisées qui recadrent bien la course d’hier et nous prévient du déroulement de celle d’aujourd’hui. Explications, simples, pertinentes, claires. Un bon préchauffage